Argot japonais : wakamono kotoba et expressions du quotidien

Argot japonais : wakamono kotoba et expressions du quotidien

De yabai à www : mots des jeunes, abréviations et argot d’internet en japonais.

Au Japon, un « oui » poli et un « yabai » lancé entre amis ne racontent pas la même langue. L’argot japonais s’accroche aux kanji, aux lectures multiples, aux dialectes et aux raccourcis que les manuels n’osent pas toujours écrire.

Il peut être familier, régional, emprunté à l’anglais, ou n’être qu’une façon plus souple de dire un mot déjà connu. Voici des termes que l’on entend vraiment au quotidien — et d’autres qui vivent surtout sur le net.

Sommaire 11

Wakamono Kotoba — l’argot des jeunes Japonais

Ce sont souvent les plus jeunes qui font tourner l’argot au quotidien. Les Japonais ont un nom pour ce lexique : wakamono kotoba [若者言葉], littéralement « mots de la jeunesse ».

La plupart des expressions de cet article entrent dans cette catégorie. Une simple contraction, un son allongé ou un usage ironique suffit parfois à basculer un mot « normal » dans le jargon des jeunes.

On l’associe surtout aux ados et aux vingt ans, mais certains termes débordent des générations. D’autres, plus récents, restent encore clairement marqués comme « jeunes ». Le phénomène n’est pas purement moderne : déjà dans le Makura no sōshi (notes d’observations de l’époque de Heian), le langage des jeunes était commenté — et souvent critiqué — comme un trouble social de l’époque.

Jeunes Japonaises souriantes en kimono, illustration de l’argot et du langage jeune
Le wakamono kotoba circule d’abord entre pairs — avant de se glisser parfois dans le langage courant.

Principaux argots en japonais

Commençons par des formes simples, puis nous détaillerons les plus marquants. J’espère que la liste vous donnera des repères concrets pour les dialogues d’anime, les chats et la rue :

  • Shitakke [したっけ] — forme de Hokkaidō qui revient dans l’anime/manga Boku dake ga inai machi : « au revoir, à plus » ;
  • Baito [バイト] — contraction de arubaito, le job à temps partiel ; vient de l’allemand Arbeit ;
  • Chotto ii? [ちょっといい?] — manière douce de demander « tu as une seconde ? » ;
  • Dame [だめ] — familier pour « ce n’est pas bon » / « on ne peut pas » ;
  • Eto [えと] — l’équivalent de « euh… » pour adoucir une question ; souvent allongé en « etttoo… » selon l’hésitation ;
  • Faito! [ファイト!] — de l’anglais fight : « vas-y ! », « donne tout ! », proche de ganbatte dans le sport ;
  • Hara heta [腹へた] — « j’ai faim » en mode très familier ; peu poli face aux aînés ;
  • Hora [ほら] — « regarde ! » / « tu vois ? » ; allongé avec le bon ton, cela peut glisser vers « je te l’avais dit… » ;
  • Iyada [イヤだ] — « je ne veux pas » (refus, aversion) ; le « i » initial est souvent presque inaudible ;
  • Ki ni shinaide [気にしないで] — « ne t’en fais pas pour ça » ;
  • Nandake [何だっけ] — « c’était quoi déjà… ? » quand on cherche un mot ou un nom ;
  • Osu / ossu [オス / おっす] — salut très informel entre potes (aussi courant dans les arts martiaux) ;
  • Shimatta [しまった] — « zut », « merde » quand on a raté quelque chose ;
  • Suge [すげ] — forme plus relâchée de sugoi (« génial / impressionnant ») ;
  • Uso [嘘・うそ] — litt. « mensonge », mais aussi « pas possible ! », « tu plaisantes ! » ;
  • Wagamama [わがまま] — personne gâtée, capricieuse ou égoïste ;
  • Zannen [ざんねん] — « c’est dommage » ; le ton peut aussi piquer selon le contexte.
Scène d’animation illustrant des expressions familières japonaises

Mendokusai — quand quelque chose embête vraiment

Le mot mendōkusai [面倒くさい] se décompose en mendō (souci, tracas) et kusai (« qui sent ») : l’image est celle d’un problème qui « sent » la complication. On l’emploie pour dire qu’une chose est casse-pieds, pénible, laborieuse ou tout simplement trop d’effort pour le résultat.

Nous avons un article dédié à la signification de mendokusai. Dans la même famille d’humeurs négatives, on croise aussi :

  • Mazui [まずい] — pour un plat qui n’est pas bon… et, par extension, pour une situation qui tourne mal ;
  • Kimoi [キモイ] — contraction de kimochi warui : dégoûtant, bizarre, qui met mal à l’aise ;
  • Zurui [ずるい] — « pas fair-play », « tricheur », « trop facile pour toi » ;
  • Hidoi [ひどい] — « c’est méchant », « c’est trop dur », « c’est horrible » selon le ton.

Pour le registre plus dur (insultes et gros mots), voir aussi Warui kotoba — jurons et insultes en japonais.

Garçon se prenant la tête, réaction face à une situation embêtante
Facepalm : l’expression universelle d’un moment mazui.

Yabai — un argot pour le pire… et le meilleur

L’un des argots les plus omniprésents est yabai [やばい]. Selon le contexte, il peut coller à quelque chose de mauvais et à quelque chose d’excellent. À la base, le mot pointe vers le dangereux, le risqué, l’inattendu ou le terrible.

En résumé, yabai a d’abord dit « ce n’est pas bon », avant que l’usage jeune ne le bascule aussi vers le choc positif : délicieux, cool, dingue, trop bien. Le ton de voix et la situation font presque tout le travail.

Ce n’est qu’un aperçu : le détail d’usage est dans notre page sur la signification de yabai — utile pour sentir quand le mot flatte et quand il alerte.

Illustration du mot yabai en argot japonais
Yabai : un seul mot, une palette entière d’intensité.

Argots japonais dérivés de l’anglais

Freeter (フリーター) — prononcé furītā : personne qui enchaîne des emplois précaires ou temporaires. Le baito est souvent le job d’étudiant ou de parent au foyer ; le freeter, lui, en fait un mode de vie plus durable, parfois sur plusieurs jobs.

Arasa (アラサー) — de l’anglais around thirties : autour de la trentaine (souvent appliqué aux femmes dans les médias).

Rafu (ラフ) — de rough : brouillon, plan initial… et surtout style vestimentaire décontracté (rafu na kakkou [ラフな格好], rafu na fukusō [ラフな服装]).

Suru (スルー) — de through : laisser passer, ignorer (proche de mushi suru [無視する]).

Dantotsu (ダントツ) — contraction de danzen toppu [断然トップ] : de loin le meilleur ; le « top » vient de l’anglais.

NG — lu enujī, de no good : ce qui ne passe pas, ce qui est interdit ou raté.

OL — lu ōeru : office lady, employée de bureau (face masculine historique : salaryman).

Mazakon (マザコン) — attachement excessif à la mère (complexe maternel).

Nau (なう) — de l’anglais now : « en train de… » / « là, maintenant », surtout en ligne.

Bureau et travail au Japon, contexte des emprunts baito, freeter et OL

Abréviations, expressions et formes courtes

Ahiru-guchi et ochobo-guchi — pousser les lèvres pour la photo (équivalent de la « duck face »). Une autre image de bouche est tarako-kuchibiru.

Torusō — mannequin de vitrine ; lié à l’idée d’être « exposé » comme un vêtement en présentation.

Dotakyan (ドタキャン) — annulation de dernière minute ; de dotanba + kyanseru.

Majide (マジで) — « sérieux ? » / « vraiment ? ».

Kuri botchi (クリぼっち) — passer Noël seul : kuri (de kurisumasu) + botchi (de hitori bocchi).

Ossu (おっす) — salut d’origine martiale, encore courant entre pratiquants ; les enfants l’utilisent aussi comme « salut ».

Nori nori (ノリノリ) — de noru : être dans le mood, excité, sur un bon rythme.

Guroi (グロい) — grotesque, gore, répugnant, sanglant.

Argots d’internet utilisés par les Japonais

Beaucoup d’expressions ci-dessus passent déjà dans les chats et les réseaux. D’autres sont presque exclusives au web. Voici les plus utiles pour lire un fil de commentaires sans se sentir perdu.

— lecture otsu, raccourci de otsukaresama [お疲れ様] : « bon boulot », « merci pour l’effort ».

— jeu de lecture sur le triangle (sankakkei) pour dire qu’une personne est cool / stylée (surtout sur Niconico et d’anciens forums).

  • — kanji du maquereau (saba), mais en ligne : un serveur (souvent pourri) ;
  • Mjk — de majika : « sérieux ? » ;
  • Baka — idiot / crétin (registre variable selon le ton) ;
  • DQNdokyun : comportement bête, irréfléchi (peut blesser) ;
  • 888 — applaudissements / félicitations (via le son pachi de « 8 »).
Interface NicoNico Douga avec commentaires superposés
NicoNico Douga : terrain de jeu historique des argots de chat vidéo.

Les rires en ligne — wwwww

Les Japonais utilisent la lettre w un peu comme le « mdr » ou le « lol » francophone. Plusieurs wwww, ou un simple w en fin de phrase, marquent le rire. Sur le NicoNico Douga, les rangées de W sont un classique des commentaires.

L’origine la plus citée est warau [笑う] (« rire »). On écrit aussi le kanji de rire entre parenthèses : (笑). Et quand les W s’accumulent au point de ressembler à de l’herbe, on passe à kusa [草] : littéralement « herbe », pour dire que c’est hilarant. Exemple : 寝たい〜草 — « j’ai envie de dormir mdr ».

Meilleurs amis en japonais

Pour les grands potes, le net a popularisé zuttomo [ずっ友] : zutto (toujours) + tomo (ami) — l’équivalent du « best friends forever ».

orz — le seiza en caractères

Du côté des émoticônes, orz n’est pas un sigle : regardez-le de côté, c’est un petit bonhomme à genoux en seiza. On l’emploie pour la défaite comique, le respect, ou pour s’excuser avec humour.

Émoticône orz représentant une personne en seiza
orz : un seiza en trois lettres.

Owakon — contenu déjà « fini »

Owakon désigne un contenu daté, hors tendance. Fusion de owatta [終わった] (« terminé ») et de kontentsu [コンテンツ] (« contenu ») : la vidéo, le meme ou l’article qui a déjà fait son temps.

Sources et liens utiles

À propos de l'auteur

Kevin Henrique

Spécialiste avec plus de 10 ans d'expérience en culture asiatique, avec un focus sur le Japon, la Corée, les anime et les jeux. Autodidacte, écrivain et voyageur centré sur l'enseignement du japonais, les conseils de voyage et les curiosités profondes.

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