Quels sont les principaux problèmes du Japon ?

Quels sont les principaux problèmes du Japon ?

Entre crise démographique et frictions du quotidien, le Japon n’est pas le décor que l’on vend.

Aucun pays n’est parfait. On passe beaucoup de temps à vanter ce que le Japon fait bien ; de temps en temps, il faut aussi s’arrêter sur ce qui coince. Pas pour casser un décor, mais pour cesser de traiter l’archipel comme une carte postale.

J’ai déjà écrit sur le côté obscur du Japon, de façon large et un peu critique, en réponse à un autre texte qui parlait des bonnes choses et des mensonges sur le Japon. Puis un commentaire de Demis Aoki — Sansei, diplômé en informatique, trois séjours au Japon — a posé le débat autrement. C’est son texte, et ma réaction autour, que je veux garder ici.

On me prend parfois pour un défenseur inconditionnel du Japon. En réalité, j’évite souvent d’aller trop loin parce que le public est divisé. Parler des points positifs fait aussi avancer le site. Parfois je me contredis en voulant rester équitable. Après des années de haine envers le Brésil et sa culture, je me contente aujourd’hui de vivre dans ce pays dangereux en essayant d’en tirer le meilleur.

Je suis d’accord à 100 % avec le commentaire ci-dessous. Il reste pourtant des situations où le shouganai s’applique. Et la plupart du temps, je critique surtout les généralisations.

Sommaire 6

Le Japon divisé en 3 générations

Les mots qui suivent appartiennent à Demis Aoki : le Japon traverse aujourd’hui une phase compliquée, avec trois générations en conflit au sein de la société japonaise.

  • Génération de 1 à 17 ans
  • Génération de 18 à 50 ans
  • Génération de 51 ans et plus

Ce n’est un secret pour personne : le Japon manque de main-d’œuvre. La natalité est trop basse, les personnes âgées vivent longtemps, et cette longévité, ironiquement, pèse sur l’économie. La dette intérieure dépasse largement la dette extérieure. Du coup, la génération des 18-50 ans soutient presque tout le reste : les aînés représentent déjà près d’un tiers de la population.

Le Japon est connu pour sa capacité à se relever. Le problème, cette fois, est dans la conduite de la société elle-même.

Il ne faut jamais tout généraliser, et les exceptions existent. La manière que j’ai trouvée pour comprendre une partie du comportement japonais, c’est de couper en deux groupes simples : ceux qui ont de l’instruction, et ceux qui n’en ont pas.

Famille japonaise réunie autour d’une table

Cela paraît évident, mais on le voit mal. Presque toutes les sociétés font cette distinction ; chez les Japonais, elle est particulièrement nette.

Une idée reçue très courante consiste à « penser » que les Japonais sont intelligents. Au Brésil, cela tenait surtout à une génération où les descendants se démarquaient dans les cursus les plus disputés. Ça diminue. On voit aujourd’hui d’autres nationalités, notamment chinoise, les dépasser dans ces classements.

Le Japon est, par fond historique, un pays isolationniste, nationaliste, et oppressif par nécessité collective. Évidemment, cela produit des effets secondaires.

Natalité, vieillissement et dette : les ordres de grandeur

Le commentaire de Demis date d’une époque où l’on sentait déjà le piège. Les statistiques officielles, elles, ont continué de durcir le tableau.

En 2025, le ministère de la Santé, du Travail et des Affaires sociales a recensé 671 236 naissances — 14 937 de moins qu’en 2024, et le plus bas niveau depuis le début des relevés en 1899. Le taux de fécondité est tombé à 1,14 enfant par femme (1,15 l’année précédente). Tokyo est même passé sous 1, à 0,96. Les décès restent près de 1,59 million. La baisse naturelle de la population dépasse 918 000 personnes sur l’année.

20252024
Naissances671 236686 173
Taux de fécondité1,141,15
Décès1 589 4891 605 378
Variation naturelle−918 253−919 205

Le recensement de 2025 place la population autour de 123 millions d’habitants, contre 126,1 millions en 2020. Près de 30 % ont 65 ans ou plus. Fin 2025, la dette publique a atteint un record de 1 342 000 milliards de yens, encore essentiellement détenue à l’intérieur du pays. Ce n’est pas un détail comptable : c’est le poids que la génération active décrit plus bas continue de porter.

Les problèmes dans les usines du Japon

Le Brésil est un pays problématique, mais il ne se compare pas au Japon pour plusieurs raisons trop évidentes pour qu’on les énumère ici.

L’oppression ressemble souvent à une culture qui veut maintenir à tout prix un système censé fonctionner. Ce n’est pas ce que les résultats montrent depuis quelques années.

On entend beaucoup d’étrangers parler mal des Japonais. Ils oublient souvent de préciser que ceux dont ils parlent ont, pour la plupart, plus de 45 ans et occupent des postes de gestion sans qualification réelle : au Japon, la promotion par l’ancienneté reste encore largement la règle.

Employés en tenue de travail dans une usine au Japon

Bien sûr, il existe des Japonais qui travaillent en usine, font preuve d’une gentillesse sincère et tiennent à leurs principes. Les lois du travail sont plus rigides qu’avant, mais encore loin d’être idéales pour les étrangers.

Pour nous Brésiliens, les lois du travail penchent le plus souvent du côté du salarié. Au Japon, ce n’est pas tout à fait le cas. C’est aussi pour cela que la question des heures réellement travaillées ne se règle pas avec un slogan.

Discrimination au Japon ?

Le traitement inégal et la discrimination existent partout. Encore faut-il regarder où. Être mal reçu dans un commerce est rare : cela tacherait l’image de l’établissement. Dans l’usine, c’est une autre histoire. On en discute aussi dans un autre texte sur les étrangers au Japon.

Beaucoup d’étrangers se sentent discriminés à l’usine. Le ministère du Travail surveille davantage les entreprises et limite les heures supplémentaires, pour freiner les abus et éviter de nouveaux cas de karoshi [過労死].

Dans certaines usines, aux périodes de forte production, on contraint encore des étrangers à des heures supplémentaires qu’ils ne veulent pas faire : le contrat, déjà court — souvent 2 à 6 mois —, risque de ne pas être renouvelé.

Geisha s’inclinant dans un salut japonais

C’est pourquoi tant d’étrangers avalent des humiliations injustifiées ou changent d’emploi très souvent.

La plupart des usines n’embauchent pas les étrangers en direct. Elles passent par des agences d’intérim pour externaliser la main-d’œuvre. Et quand elles embauchent, elles exigent un test de langue pour un travail qui n’en a pas besoin.

Quelle justification donne une entreprise qui fait passer un test de japonais pour des tâches simples, qui n’exigent pas la maîtrise de la langue ?

Il faut aussi se méfier de ceux qui brandissent « beaucoup » d’étrangers à des postes importants, juste pour justifier l’empathie qu’ils ont pour le Japon.

Le comportement des Japonais

Beaucoup de variables définissent le comportement des Japonais. Celle qui, selon Demis, dégrade le plus la société, c’est le manque de compétences pour entrer en relation avec ce qui est différent.

Si nous, Occidentaux, avons déjà du mal avec les relations, imaginez les Japonais.

Prioriser la reconstruction du pays après une guerre ou une catastrophe, on le comprend. Oublier ceux qui composent ce pays n’a pas beaucoup de sens.

Standardiser les comportements de façon militariste a pu marcher un temps, dans une situation précise. Sur la durée, surtout si toute cette formalité s’étend à la famille et éloigne les relations affectives, le bilan est moins reluisant.

Les relations vraies demandent de la spontanéité et de l’intimité. Sinon, on retombe dans l’époque du mariage arrangé — le miai (見合い) — et aujourd’hui, cela ne tiendrait plus.

Ce n’est pas seulement la faute des Japonais. Les médias, et tous ceux d’entre nous qui colportons des idées fausses sur eux, y sont pour quelque chose.

Scène scolaire du dorama Gokusen

Un exemple : il y a quelque temps, j’ai vu une vidéo où une influenceuse (sans citer de nom) commente l’hygiène buccale des Japonais, avec un biais assez clair — peut-être parce qu’elle est mariée à un Japonais.

Le bizarre, c’est qu’elle argumente mal et se contredit : elle parle d’un spray, d’une enquête faite seulement dans des bureaux, où 70 % des Japonais se brosseraient les dents, alors que le Japon est un pays très industrialisé, où une grande part des entreprises sont des usines de petite, moyenne ou grande taille.

Comme si une hygiène buccale jugée insuffisante diminuait ce que les Japonais représentent pour le reste du monde. Ce serait la même chose que de refuser de reconnaître que le Brésil est un pays violent.

Je ne comprends pas cette position : renoncer à ses principes pour défendre quelque chose avec lequel on n’est pas d’accord au fond.

Pendant dix ans au Japon, Demis dit n’avoir vu que deux Japonais se brosser les dents après le déjeuner. Cela ne fait pas des Brésiliens une référence en santé buccale. Cela dit seulement que la plupart des Japonais ne se brossent pas les dents à ce moment-là — comme dans beaucoup d’autres pays.

Conclusion du commentaire

Demis Aoki termine en disant que reconnaître les problèmes du Japon ne rend pas le pays mauvais. Le monde n’est pas parfait, le Japon non plus. Il faut améliorer sa façon de penser.

Le Japon offre beaucoup d’occasions. Il a aussi des problèmes graves à corriger. Sur les suicides comme sur l’usine, le refus de regarder n’aide personne.

Peut-être que certains lecteurs n’ont pas bien saisi les questions abordées ici. Beaucoup se plaignent de ces aspects du Japon ; personnellement, je préfère souvent ignorer et accepter.

J’utilise toujours l’image d’une feuille blanche avec des points noirs. Tous ceux qui regardent la feuille ne voient que les points noirs, pas le blanc. Personnellement, je préfère regarder le blanc — les bonnes choses — pour avoir une vie meilleure.

Il faut vivre cette réalité pour en éprouver assez de dégoût pour la critiquer. Ma réalité est différente : je ne suis pas touché de la même façon par les problèmes de cet article, ce qui ne me rend pas très compatissant.

Mais comme l’écrit Demis, il faut accepter que le monde n’est pas parfait. Beaucoup n’acceptent pas, généralisent, et finissent par haïr la nation au lieu des personnes impliquées.

Le sujet est trop complexe pour tenir dans une seule page. Et il est difficile, pour l’une ou l’autre des personnes impliquées, d’avoir une opinion totalement impartiale.

Merci à Demis Aoki pour ce commentaire. S’il vous a parlé, laissez le vôtre : d’autres regards comme le sien valent mieux qu’une énième carte postale.

Sources et liens utiles

À propos de l'auteur

Kevin Henrique

Spécialiste avec plus de 10 ans d'expérience en culture asiatique, avec un focus sur le Japon, la Corée, les anime et les jeux. Autodidacte, écrivain et voyageur centré sur l'enseignement du japonais, les conseils de voyage et les curiosités profondes.

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