Karoshi - Mort par surmenage au Japon

Karoshi - Mort par surmenage au Japon

Infarctus, suicide lié au travail et culture des heures supplémentaires: ce que recouvre le karoshi.

Le karoshi (過労死) ou la mort par surmenage n'est pas rare au Japon. Il tient à une culture du travail très exigeante, et à d'autres pressions que l'on sous-estime souvent. Nous avons déjà écrit plusieurs articles sur le travail au Japon, mais aujourd'hui nous allons parler plus spécifiquement du karoshi. Les principales causes médicales des décès liés au karoshi sont l'infarctus du myocarde et l'AVC dus au stress. Il existe aussi la malnutrition et le suicide lorsque le travail a précédé une dépression: on parle alors de karō-jisatsu. Le ministère japonais de la Santé, du Travail et des Affaires sociales tient une statistique officielle de ces décès et troubles. Le karoshi fait partie de la conscience publique depuis les années 1980.

Qu'est-ce qui cause le Karoshi ?

Le principal facteur de mortalité lié au travail, ce sont les heures supplémentaires. Bien que le gouvernement ou certaines entreprises établissent une limite d'heures supplémentaires, beaucoup la dépassent, même s'ils ne sont pas rémunérés. Certains continuent à travailler une fois rentrés chez eux, simplement pour terminer plus vite ce qui n'a pas été bouclé au bureau. Employés japonais en chemise et cravate traversant Sotobori-dori à Tokyo La culture du travail excessif est née après la Seconde Guerre mondiale, lorsque les gens étaient incités à travailler 12 heures par jour, sept jours sur sept, pour relancer l'économie du pays. Aujourd'hui, cela n'est plus nécessaire, mais le supplément de 25 % prévu par la loi sur les heures supplémentaires attire encore beaucoup de salariés. Le karoshi comprend aussi le suicide lié au travail. Perdre un poste pèse lourd dans une société où l'emploi a longtemps défini le statut. Les heures trop longues, la fatigue et la dépression liée au travail restent des facteurs fréquents, reconnus aujourd'hui dans les dossiers d'indemnisation. Il existe plusieurs facteurs culturels qui poussent une personne à travailler plus qu'elle ne le devrait. Des choses comme l'orgueil, l'honneur, la honte et le désir de donner le meilleur finissent par amener les Japonais à travailler plus qu'ils ne le devraient sans même s'en rendre compte. Au-delà d'environ 80 heures supplémentaires par mois en moyenne, le ministère considère que le lien entre le travail et une maladie cérébrale ou cardiaque est fort: c'est le seuil utilisé pour l'indemnisation. Même ceux qui ne travaillent pas de manière excessive finissent par négliger leur santé. Ils sortent simplement du travail et vont boire ou passent la nuit devant l'ordinateur, sans laisser de temps pour se reposer. Employée japonaise se couvrant le visage au bureau pendant que des collègues lui tendent dossiers et tablette

Quand le Karoshi va-t-il prendre fin ?

Il est triste de le dire, mais le karoshi ne va pas disparaître de sitôt. Le gouvernement a voté une loi de prévention en 2014, plafonné les heures supplémentaires et infligé des amendes. Pour l'exercice 2025, le ministère a pourtant reconnu 1 310 cas de décès ou de troubles liés au surmenage, pour 6 212 demandes, dont 145 décès ou suicides, tentatives comprises. Certaines entreprises ont tenté de lutter contre le phénomène avec divers programmes, mais le changement doit commencer au niveau culturel, ce qui peut prendre des décennies. Tant que les Japonais continueront à faire des heures supplémentaires par loyauté autant que par obligation, des cas de Karoshi continueront à se produire.
Sources et liens utiles

À propos de l'auteur

Kevin Henrique

Spécialiste avec plus de 10 ans d'expérience en culture asiatique, avec un focus sur le Japon, la Corée, les anime et les jeux. Autodidacte, écrivain et voyageur centré sur l'enseignement du japonais, les conseils de voyage et les curiosités profondes.

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