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Autrefois, un lutteur de sumo pouvait passer pour sexy au Japon — et certains avaient des épouses que tout le monde regardait deux fois. Aujourd'hui, beaucoup de jeunes femmes se tournent vers des garçons au visage fin, presque féminin. Le goût n'a pas disparu. Il a changé de costume.
Je n'ai pas besoin de le marteler : le goût, c'est personnel. Ce que je décris ici n'est pas une loi, et le pays s'occidentalise assez vite pour que les styles se mélangent. Reste que le beau gosse japonais, l'ikemen (イケメン), ne correspond pas au « macho » de magazine français — et c'est précisément ça qui intrigue.
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Comment un homme est-il considéré beau et sexy au Japon ?
Certaines femmes aiment les yeux étroits, les lèvres fines, le menton étroit, un visage nettement asiatique. D'autres préfèrent un air plus « occidental » : yeux ronds, cils longs, traits qui rappellent l'Europe. Au Japon, l'idée du mâle musclé et dur n'est pas le standard par défaut. Beaucoup de Japonaises cherchent plutôt un homme doux.
Le mot lui-même raconte le goût. Ikemen vient d'iketeru (« cool », « qui a de l'allure ») collé à men — de l'anglais men, ou du kanji 面, « visage ». C'est le compliment le plus courant pour un homme beau. On le range souvent du côté du costume bien coupé, de la peau pâle, des yeux fins, d'une voix posée — pas du bodybuilder.
Les femmes trouvent souvent mignons les hommes à la peau lisse, un peu androgynes, avec une coiffure travaillée, parfois teinte. Il suffit de regarder les groupes populaires chez les jeunes. Certaines disent même que les cheveux doivent flotter ! Savoir cuisiner est devenu un vrai plus. On attend d'un homme qu'il soit sensible, propre et sexy, plus que riche.
Au Japon, certains hommes dépensent plus en cosmétique que des femmes. Ils s'occupent de leur peau. Autrefois, samouraïs et lutteurs de sumo se rasaient parfois la moitié du crâne ; aujourd'hui, un homme qui perd ses cheveux passe par les produits, les traitements, parfois la perruque.
Barbe, moustache et poils du visage restent rares. Chez beaucoup d'hommes japonais, ça pousse peu, et au travail c'est souvent mal vu. Il y a des règles non écrites, parfois des plaintes. Quelques-uns mettent une fausse barbe hors bureau. Sacs, bijoux, accessoires : de plus en plus d'hommes en portent sans que ça passe pour un « look de fille ».
Salons, maquillage et hommes herbivores
Ce goût a ouvert tout un marché. Il existe des salons de beauté pour hommes : épilation, nettoyage de peau, manucure, cours de maquillage. Parmi les demandes fréquentes : soins du visage à la boue, jambes sans poils, sourcils. Inutile d'inventer un lien magique avec la chute de l'alcool ou des voitures tape-à-l'œil : le soin de la peau, lui, n'est plus un secret.
Une enquête Intage de 2024, auprès de 5 000 personnes de 15 à 79 ans, a trouvé qu'environ six personnes sur dix voyaient d'un bon œil qu'un homme soigne sa peau ou se maquille. Les avis franchement négatifs restaient sous les 10 %, tous âges et genres confondus. Ce n'est pas que la moitié des hommes se maquillent tous les matins. C'est que l'idée n'étonne plus autant.
En parallèle apparaît le sōshoku-kei danshi (草食系男子), l'« homme herbivore ». La chroniqueuse Maki Fukasawa a lancé l'expression en 2006 pour parler de jeunes peu agressifs pour draguer : pas forcément sans couple, mais sans chasse. Les médias ont ensuite collé dessus l'image de l'homme un peu féminin, qui soigne son look et ne court pas après le sexe. Les deux choses se croisent. Elles ne sont pas la même.
Certains hommes achètent même des soutiens-gorge et disent se sentir plus à l'aise. D'autres portent des vêtements féminins sans être attirés par les hommes. Des couples s'habillent en osoroi, assortis. Sur scène, des chanteurs montent en talons, paillettes et peluches.
Oui, beaucoup de jeunes Japonaises aiment une silhouette androgyne, style Visual Kei. Ce n'est pas une mode sortie de nulle part. On la retrouve dans le kabuki, où les hommes jouaient aussi les rôles de femmes, et dans l'éloge ancien des visages soignés chez des daimyō et des maîtres. La masculinité japonaise ne se lit pas d'abord au biceps. Et non : toutes les Japonaises ne tombent pas pour un garçon androgyne. Ce n'est pas la majorité.
Le vrai visage dans la rue
Au Japon, on n'exige pas de gros muscles ni une pose de macho. Ça ne veut pas dire que les Japonais n'ont ni discipline ni tranchant. L'histoire des samouraïs raconte plutôt le dévouement, la retenue, le travail. Ce qui passe pour de l'audace en Occident peut ici sonner comme de la grossièreté. Les Japonaises aiment aussi les hommes sûrs d'eux — mais elles regardent d'abord la sensibilité, l'attention, l'élégance.
Même si l'ikemen de magazine est l'idéal, la plupart des hommes s'en fichent un peu. Dans la rue, le costume et la coupe sage gagnent largement le look de scène. L'école, puis le bureau, poussent vers un même standard. Les hommes que beaucoup de femmes trouvent vraiment élégants, on les croise surtout dans la mode, la musique, la danse, chez les idoles. Comme ils restent hors d'atteinte, une partie des femmes passe par les host clubs — des bars où des hommes soignés tiennent compagnie à une clientèle féminine. Ce n'est pas un hostess club : là, ce sont des femmes qui reçoivent des hommes.
Japonaise ou pas, on juge d'abord la personnalité, ensuite l'apparence. Peu importe les cheveux énormes et blonds ou les vêtements flashy. Être simplement bien mis, ça suffit souvent à passer pour beau — au moins aux yeux d'une Japonaise. L'article t'a plu ? Laisse un commentaire et partage-le ! xD
Spécialiste avec plus de 10 ans d'expérience en culture asiatique, avec un focus sur le Japon, la Corée, les anime et les jeux. Autodidacte, écrivain et voyageur centré sur l'enseignement du japonais, les conseils de voyage et les curiosités profondes.
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