Daruma : curiosités sur la poupée porte-bonheur japonaise

Daruma : curiosités sur la poupée porte-bonheur japonaise

Deux yeux blancs, un objectif, et l'habitude de se relever

Le Daruma est une poupée japonaise ronde, potelée, presque toujours rouge. Elle n'a pas de pupilles et peut même faire un peu peur, mais l'idée est géniale : ces deux yeux blancs attendent que vous choisissiez un objectif, puis que vous le teniez.

Au Japon, on la traite moins comme un jouet que comme une amulette de persévérance. On la voit à l'Oshougatsu, dans les temples et sur les bureaux. Avant de parler des couleurs en vitrine, il faut savoir de qui elle est le portrait — et pourquoi elle n'a ni bras ni jambes.

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L'origine et l'histoire du Daruma

Le Daruma représente Bodhidharma, un moine indien à qui la tradition attribue la transmission du bouddhisme Chan en Chine, devenu zen au Japon. La légende dit qu'il a médité neuf ans face à un mur, immobile, les yeux ouverts. Bras et jambes auraient fini atrophiés : d'où cette silhouette sans membres.

La figurine populaire n'est pas une statue de bois. Le daruma classique est creux, en papier mâché, souvent moulé sur une forme en bois puis peint à la main. Il peut sembler sévère, mais ce n'est pas un objet maléfique : c'est un talisman de chance et de ténacité, cousin d'un Maneki Neko, avec un usage plus précis.

Le modèle qu'on reconnaît aujourd'hui s'est fixé à Takasaki, dans la préfecture de Gunma, au XVIIIe siècle. Le temple Shōrinzan Daruma-ji distribuait des talismans de Nouvel An ; les villageois ont ensuite fabriqué des figurines en papier mâché à partir de moules. La région produit encore environ 80 % des daruma du pays.

Daruma rouge au visage barbu, sourcils en crochet et yeux encore tout blancs

La signification du Daruma

Le nom s'écrit avec les idéogrammes 達磨 : 達, c'est atteindre, arriver ; 磨, c'est polir, frotter, améliorer. La poupée n'est pas seulement le portrait du moine. C'est un rappel qu'un objectif se travaille.

Elle reste debout quand on la pousse. Ce culbuto s'appelle okiagari — se lever et se relever. On lui colle souvent le proverbe nanakorobi yaoki : tomber sept fois, se relever huit. Le daruma ne réalise pas le vœu à votre place. Il vous force à le voir tous les jours jusqu'à ce que le travail soit fait.

Caractéristiques de la poupée

Le daruma est rouge parce que cette couleur rappelle le manteau d'un prêtre de haut rang. On croit aussi qu'elle écarte le mauvais œil et les maladies : à l'époque Edo, le rouge était lié à la variole. Ce n'est plus la seule teinte en boutique, mais c'est encore la plus répandue.

Un daruma n'a pas de pupilles parce que la légende dit que le moine Dharma, furieux de s'être endormi, se serait coupé les paupières pour ne plus somnoler pendant ses neuf ans de méditation dans une grotte.

Il est rond, potelé, sans bras ni jambes, parce que le moine serait resté des années plié dans son manteau rouge. C'est ce dévouement — pas un design « mignon » — qui relie le daruma à l'espoir, à la patience et à la réalisation d'un rêve.

Ses sourcils sont peints à la main en forme d'oiseau tsuru, et la barbe évoque la tortue. Ce sont des symboles de longévité au Japon : la grue vivrait mille ans, la tortue dix mille.

Comment utiliser le Daruma ?

Pendant le Shougatsu, les familles japonaises achètent souvent un daruma pour l'année. La tradition est d'écrire un objectif ou un souhait au dos de la poupée, puis de peindre un des yeux — en général le gauche — à l'encre. Quand l'objectif est atteint, on ouvre le second. En attendant, on le laisse dans un endroit visible, pour se souvenir du souhait et le poursuivre.

On peint le premier œil en s'engageant ; le second, seulement quand le travail est fait. Le daruma ne réalise pas le vœu : il vous empêche de l'oublier.

On n'en tient généralement qu'un à la fois. Un objectif, pas une étagère de vœux. Peindre le premier œil, ce n'est pas lancer un sort : c'est signer un engagement. Le daruma borgne vous regarde jusqu'à ce que vous ayez une raison de lui rendre la vue.

Au bout d'un cycle, souvent après le Nouvel An, on ramène la figurine au temple pour le daruma kuyō (だるま供養) : une cérémonie où les vieux daruma sont brûlés ensemble, que le souhait ait marché ou non. Ce n'est pas le Setsubun. L'acte clôt une année et en ouvre une autre, dans le même esprit que les fukubukuro de janvier. Si le but n'est pas fini, on en reprend un et on recommence.

Daruma rouge posé comme objet de chance dans un décor de culture japonaise

Les couleurs du Daruma

Le Daruma se vend aujourd'hui dans une variété de couleurs, même si le rouge reste le plus commun. Les boutiques collent à chaque teinte un domaine — amour, examens, argent, santé. Ces correspondances changent d'un vendeur à l'autre. Ce n'est pas un code unique du zen ; c'est un guide commercial, utile si on le lit comme tel.

Voici ce qu'on trouve le plus souvent en vitrine :

  • Rouge : chance générale, succès, protection — la version classique.
  • Blanc : départs, pureté ; parfois le mariage ou les examens.
  • Jaune ou doré : prospérité, affaires d'argent.
  • Vert : santé, croissance ; parfois la volonté de tenir.
  • Bleu : calme, études, parfois la compétition.
  • Rose : amour, romance, parfois l'amitié.
  • Noir : écarter la malchance ; parfois le succès en affaires.
  • Violet : santé et longévité, ou le travail sur soi — selon la boutique.
  • Orange : souvent présenté pour les études.
  • Argent : statut, position — lecture très contemporaine.

Il existe aussi des ensembles de cinq couleurs, les goshiki daruma. Si vous choisissez une teinte, partez de votre objectif, pas d'une liste apprise par cœur. Le japonais a d'ailleurs plusieurs façons de souhaiter bonne chance ; le daruma n'en est qu'une version solide, posée sur une étagère.

Poupée Daruma rouge traditionnelle vue de face, barbe noire et regard intense

Comment sont faits les Daruma ?

Les daruma de Takasaki se fabriquent encore de façon artisanale, même si une partie du moulage est aujourd'hui mécanisée. Le corps n'est pas sculpté dans le bois : on applique du papier mâché — souvent du washi — sur un moule en bois, on sèche, on peint, puis un artisan dessine le visage à la main.

Les étapes, dans les grandes lignes :

  1. Moulage du corps : plusieurs couches de papier mâché humide sont formées sur un moule en bois, en ovale ou en boule.
  2. Séchage : le corps sèche à l'air. Cela peut prendre des jours, selon la taille.
  3. Peinture : une sous-couche blanche, puis la couleur choisie. Le rouge reste le plus courant, mais on en trouve d'autres.
  4. Décoration : barbe, sourcils, kanji sur le ventre. Les yeux restent sans pupilles, pour que le propriétaire les peigne.
  5. Finition : on bouche le trou du dessous, on emballe, et la poupée part en boutique ou au temple.

Trouver la poupée de la chance

Takasaki, dans le Gunma, représente environ 80 % de la production de ces poupées faites à la main. La ville fabrique des daruma depuis le XVIIIe siècle, d'abord pour des agriculteurs — notamment de la soie — qui avaient besoin d'une bonne année. Il y a même un temple dédié, le Shōrinzan Daruma-ji, et un marché de daruma autour du 6 et du 7 janvier.

Les daruma existent en différentes tailles, en général de quelques centimètres à plus d'un demi-mètre. Il existe des versions féminines appelées Hime Daruma, que les parents achètent parfois pour protéger un bébé. À côté d'autres figurines de papier comme le Teru Teru Bōzu, le daruma reste celui qu'on garde un an sous les yeux.

Certains disent qu'il ne faut pas s'en acheter un soi-même, que cela ne porte pas chance. Si vous en voulez un, demandez-le en cadeau à un ami — c'est une croyance, pas une règle de temple, mais elle circule encore.

Plusieurs daruma de tailles et de couleurs différentes alignés ensemble

Autrefois, certains artistes taquins de l'époque Edo dépeignaient le daruma de façon phallique. Ils l'associaient au sexe parce que, comme le culbuto, il ne reste pas couché. Des courtisanes ont même reçu le surnom de daruma, parce qu'elles « relevaient » leurs clients…

Blagues à part, une poupée Daruma représente trois choses : votre objectif, votre action et le résultat. Qu'en pensez-vous ? Vous en avez déjà fait peindre les deux yeux ?

Sources et liens utiles

À propos de l'auteur

Kevin Henrique

Spécialiste avec plus de 10 ans d'expérience en culture asiatique, avec un focus sur le Japon, la Corée, les anime et les jeux. Autodidacte, écrivain et voyageur centré sur l'enseignement du japonais, les conseils de voyage et les curiosités profondes.

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