Torii : signification et symbolisme des portails des sanctuaires japonais

Signification, origine et les cinq torii les plus impressionnants du Japon

Les torii sont des portails généralement rouge vermillon ou orangés, composés de deux piliers verticaux reliés par une poutre horizontale, qui entourent les sanctuaires shintoïstes au Japon. Ces portails sont mondialement connus et esthétiquement remarquables, au point de devenir un véritable symbole de la culture japonaise.

Les torii [鳥居] se trouvent au bord des lacs, au cœur des forêts, en ville et même en mer, aux côtés des quelque 90 000 sanctuaires shintoïstes et temples bouddhistes que compte le Japon. Certains sont alignés en rangées et couvrent des flancs de montagne entiers, comme un portail ouvert sur un autre monde.

Dans cet article, nous allons découvrir les cinq portails les plus impressionnants du Japon, ainsi que leur signification et leur architecture. Nous verrons les plus populaires, les plus grands et les plus remarquables du pays.

Sommaire 7

Signification et origine d'un torii

Le torii est un ornement architectural qui représente le passage du monde profane vers un lieu sacré. Ce portail marque l'entrée sacrée d'un sanctuaire shintoïste ou d'un temple bouddhiste.

Le nom torii [鳥居] est souvent traduit par « demeure des oiseaux », mais il s'agit là d'une des théories étymologiques proposées. Au Japon, les oiseaux sont considérés comme des messagers des kami (les divinités du shintoïsme), et leur venue se percher sur la traverse d'un portail est tenue pour un bon augure.

Les temples bouddhistes peuvent également être dotés d'un portail, qui porte alors fréquemment le manji [卍], un symbole utilisé par les bouddhistes depuis environ un millénaire. Ce même caractère est réapparu au XXe siècle dans l'iconographie européenne sous un autre nom et avec une autre signification ; les deux usages, indépendants l'un de l'autre, s'enracinent dans des traditions culturelles distinctes. Il est d'ailleurs fréquent qu'un sanctuaire shintoïste et un temple bouddhiste coexistent au même endroit au Japon, tant les deux traditions y sont imbriquées. Pour retracer l'histoire complète de ce symbole, tu peux consulter notre article sur le manji bouddhiste et son usage ultérieur en Europe.

L'origine exacte de ces portails reste discutée. Certaines théories affirment qu'il s'agirait d'une invention indigène, d'autres évoquent une diffusion depuis des cultures voisines comme la Chine ou la Corée, qui utilisent elles aussi des portails similaires, chacun avec ses particularités.

Un torii est le plus souvent peint en rouge parce que, dans la tradition japonaise, cette couleur est réputée capable d'éloigner les maladies. Il existe aussi des torii en pierre, en bronze ou en acier, mais le plus courant reste le portail de bois peint.

Portails dispersés dans les villes japonaises

On sait que les portails marquent l'entrée d'un lieu sacré, mais pourquoi en trouve-t-on parfois plusieurs, dispersés dans les grandes villes du Japon, sans aucun sanctuaire à proximité ?

En règle générale, là où se trouve un torii, un sanctuaire existe à proximité, même s'il est très petit. Mais certains portails isolés en ville servent avant tout à rappeler qu'il ne faut pas y déposer d'ordures ni s'y livrer à des besoins — une sorte de marqueur de respect pour le lieu.

Petit torii en bois rouge isolé au milieu d'une rue pavée de Kyoto

D'autres torii sont posés uniquement pour leur valeur architecturale et traditionnelle. Ils peuvent également marquer l'entrée d'enceintes impériales ou de certains châteaux qui abritent en général un sanctuaire dans leurs jardins.

Ces torii existent dans toutes les tailles, y compris miniaturisés : certains tiennent sur une table et personne ne peut passer dessous. Ils peuvent être vendus au public, et le nom de l'acquéreur est parfois gravé sur le portail afin de lui porter chance.

Torii flottant du sanctuaire d'Itsukushima

Le torii flottant du sanctuaire d'Itsukushima, sur l'île de Miyajima, est l'un des sites touristiques les plus emblématiques du Japon. C'est aussi l'un des plus anciens torii du pays (bien qu'il ait été détruit et reconstruit à plusieurs reprises au fil des siècles).

Le torii est planté à fleur d'océan pour donner l'impression de flotter. Son apparence change radicalement selon la marée et la lumière. C'est précisément de là que vient l'une des photos les plus populaires du Japon.

À marée haute, le torii semble posé sur la mer ; à marée basse, la vue est peut-être encore plus belle, car on distingue alors le sable et l'eau transparente autour des piliers. Nous avons déjà consacré un article à l'île de Miyajima.

Fushimi Inari - La montagne des torii

Le torii est un élément architectural typique du shintoïsme, la religion principale du Japon. Ces portails rouges marquent l'entrée d'un territoire sacré, et leur alignement attire autant les touristes que les visiteurs japonais. La montagne d'Inari en est couverte : on estime à plus de 10 000 le nombre de torii qui s'y dressent.

Fushimi Inari est une montagne dédiée à la déesse Inari, à qui l'on prête la responsabilité des entreprises et de la prospérité matérielle. Les entrepreneurs de toute la région du Kansai viennent à Fushimi Inari pour prier en faveur de leur succès.

Ceux dont les affaires prospèrent font souvent don d'un torii au sanctuaire, un geste qui n'a rien de symbolique : un petit torii coûte plusieurs centaines de milliers de yens, un grand peut facilement dépasser le million. Le nom du donateur, ou celui de son entreprise, est généralement gravé sur le portail. L'alignement serré de ces milliers de torii offre une vue saisissante.

Tunnel étroit de torii vermillon gravés de caractères japonais, sur les pentes du mont Inari à Kyoto

La montagne culmine à 233 mètres au-dessus du niveau de la mer. Plusieurs sentiers s'étendent sur environ 4 km et il faut compter à peu près deux heures pour en faire le tour complet.

La montagne est également célèbre pour ses nombreux petits sanctuaires disséminés sur le site. À ces endroits, on trouve souvent quelques torii miniatures, des statues de kitsune (renards, messagers d'Inari) ainsi que des boutiques et des petits restaurants.

J'ai eu la chance de visiter cette montagne et de marcher pendant des heures au milieu des milliers de torii qui en couvrent les pentes, entre les sanctuaires discrets tapis dans les recoins. Il y a des portails géants et de tout petits torii.

J'ai déjà écrit un article détaillé sur Fushimi Inari, mais voici d'abord une vidéo tournée lors de ma visite, dans cette montagne incroyable située à Kyoto, l'ancienne capitale impériale du Japon.

Visite de Fushimi Inari à Kyoto : les célèbres tunnels de torii rouges, filmés sur place.

Fushimi Inari Taisha est le sanctuaire shintoïste principal dédié à Inari, situé au pied de la montagne. Inari est la déesse du riz, de la fertilité, de l'agriculture, des renards, ainsi que du succès et de la prospérité dans les affaires.

Certaines de ces structures datent de 711 ; beaucoup sont des offrandes offertes par des entrepreneurs qui cherchent la prospérité. Des visiteurs de tout le Kansai, voire du Japon entier, viennent prier sur place en sollicitant la réussite dans leur vie. Un petit torii coûte en général environ 400 000 yens, et les plus grands dépassent facilement 1 000 000 de yens.

On a aussi coutume de déposer des offrandes d'origami, des miniatures de torii ou des triangles de papier figurant un renard. Ces articles peuvent être achetés à des prix très variables dans les petites boutiques qui bordent la montagne. La vue sur place est unique et vaut largement l'ascension, qui offre par ailleurs de très beaux panoramas sur la forêt et même sur Kyoto.

Torii flottant du sanctuaire de Hakone

Le portail du sanctuaire de Hakone se dresse sur le lac Ashi, au pied d'une vaste forêt. Par temps clair, le mont Fuji apparaît en arrière-plan du torii. Le lac Ashi est un lac de cratère volcanique dont la couleur change en permanence.

J'ai visité Hakone et j'ai eu la chance de photographier ce grand torii depuis le célèbre bateau pirate qui traverse le lac, avant de prendre le téléphérique vers deux petites villes d'où l'on rejoint d'autres sites : hôtels, onsen et bourgs voisins.

Torii vermillon au bord du lac Ashi, avec le mont Fuji en arrière-plan par temps clair

Certains portails japonais présentent des variantes. Il en existe par exemple dont la poutre supérieure est remplacée par une corde sacrée appelée shimenawa, ou qui reposent sur trois piliers au lieu de deux.

Sanctuaire Meiji dans le parc Yoyogi

En visitant le sanctuaire Meiji, situé à Shibuya à Tokyo, tu apercevras un gigantesque torii en bois de taille impériale. Ce portail est frappé du sceau du chrysanthème de l'empereur du Japon, qui marque, entre sanctuaires, le rang le plus élevé.

Tu peux rejoindre ce sanctuaire, qui se trouve dans le parc Yoyogi, depuis les stations Harajuku ou Shibuya. Le parc est immense, et tu croiseras plus d'un torii en te promenant. Profites-en pour prendre de nombreuses photos.

Grand torii en bois marqué du sceau impérial du chrysanthème, à l'entrée du sanctuaire Meiji à Tokyo

Les portails japonais se divisent en deux grandes familles. La première regroupe les torii dont la partie supérieure est droite, appelés Shinmei. La seconde famille regroupe les torii dont la partie supérieure est légèrement incurvée, appelés Myōjin.

Kumano Hongu Taisha - Le plus grand torii du monde

Terminons cet article par le plus grand torii du monde, situé dans le sanctuaire Kumano Hongu Taisha, à Hongu, dans la préfecture de Wakayama. Il est relativement peu connu, en partie parce qu'aucune grande légende n'y est attachée, et il a été construit récemment, en 2000.

Avec ses 40 mètres de haut et 42 mètres de large, et sa structure en acier, il détient aujourd'hui le record du plus grand torii du monde. Avant les années 2000, le plus grand torii du monde se trouvait à Sakurai, dans la préfecture de Nara.

Imposant torii en acier du plus grand portail du monde, au sanctuaire Kumano Hongu Taisha à Wakayama

Si cet article t'a donné envie de voir un torii de tes propres yeux, quel serait le premier que tu choisirais : le tunnel rouge de Fushimi Inari, le portail flottant d'Itsukushima au coucher du soleil, ou le torii monumental de Kumano Hongu Taisha ? Partage ton choix en commentaire, et n'hésite pas à nous signaler d'autres portails japonais qui méritent le détour.

Sources
Kevin Henrique

À propos de l'auteur: Kevin Henrique

Spécialiste avec plus de 10 ans d'expérience en culture asiatique, avec un focus sur le Japon, la Corée, les anime et les jeux. Autodidacte, écrivain et voyageur centré sur l'enseignement du japonais, les conseils de voyage et les curiosités profondes.

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