Oshougatsu - Le Nouvel An au Japon

Oshougatsu - Le Nouvel An au Japon

Rites, table et formules du Nouvel An japonais, de la cloche de minuit aux vœux en japonais.

À minuit pile, des temples bouddhistes font retentir la cloche cent huit fois : le joya no kane [除夜の鐘]. Chaque coup rappelle une souillure ou une tentation de l’année qui s’achève. Pendant ce temps, ailleurs, le réveillon occidental bascule souvent dans le feu d’artifice et le compte à rebours sonore. Au Japon, le passage d’année a un autre tempo — plus rituel, plus familial, plus chargé de gestes précis.

Ce moment s’appelle Oshougatsu [お正月]. Savoir le nom des rites, ce que l’on mange, comment souhaiter la bonne année en japonais : voilà ce qui sépare une curiosité vague d’une vraie lecture de la fête. On commence par le cadre, puis on entre dans les temples, la table et les formules.

Sommaire 5

Comment est célébré le Nouvel An au Japon ?

Le Nouvel An au Japon est connu sous le nom de Oshougatsu [お正月] et se concentre surtout du 1er au 3 janvier, même si certaines traditions s’étendent jusqu’à la mi-janvier avec des festivals, des spectacles et des cérémonies. Les administrations et beaucoup d’entreprises ferment en général du 29 décembre au 3 janvier ; seul le 1er janvier est férié au sens strict, mais le pays ralentit largement autour de ces dates.

Depuis 1873, le Japon suit le calendrier grégorien pour cette fête (auparavant, le calendrier lunaire chinois plaçait le nouvel an au début du printemps). Aujourd’hui, l’Oshougatsu reste l’une des périodes où les familles se réunissent le plus, avec décorations, nourriture, prières et jeux hérités.

Visiter des temples pendant le Nouvel An japonais

Des millions de personnes se rendent au sanctuaire shinto ou au temple bouddhiste pendant le Nouvel An pour une brève prière. La première visite de l’année s’appelle hatsumōde [初詣]. Les grands sites, comme le sanctuaire Meiji à Tokyo, attirent des foules immenses dès le passage à minuit.

Beaucoup allument de grands ou de petits feux pour réchauffer les gens sur place. De l’encens brûle aussi à la maison ou dans les sanctuaires : la fumée est associée à une idée de purification.

Visiteurs en hatsumōde devant un sanctuaire au Japon

Joya no kane et la cloche — Dans de nombreux temples bouddhistes, la cloche sonne 108 fois autour de minuit pour évoquer les 108 souillures ou désirs de la tradition bouddhique. Parfois, les visiteurs peuvent participer à ce rituel sonore, qui marque la purification avant l’année nouvelle.

Ema — Ce sont des plaques de prière liées à une ancienne tradition d’offrande de chevaux aux sanctuaires. On y écrit ses souhaits pour l’année et on les laisse suspendues sur place.

Hamaya — Littéralement « flèche qui détruit le démon », ce sont des décorations d’origine guerrière vendues dans les sanctuaires pendant le Nouvel An. Les enfants reçoivent souvent cette flèche porte-bonheur.

Femme en kimono lors des célébrations du Nouvel An japonais

Omikuji — Ce sont des tirages de fortune écrits sur des bandes de papier dans les temples shinto et bouddhistes. Au Nouvel An, beaucoup de Japonais tirent leur sort pour l’année qui commence.

Dondo yaki — Au fil des premiers jours de janvier, on peut obtenir de nouvelles amulettes et objets de chance. Un grand feu de joie permet de brûler les anciens supports de prière : les jeter à la poubelle est parfois perçu comme de mauvais augure.

Omamori — Ce sont des amulettes de chance en brocart de soie qui contiennent de petits morceaux de papier ou de bois sur lesquels des prières sont écrites. Il en existe pour l’amour, la conduite, la grossesse, les examens, et bien d’autres intentions.

Amulettes omamori colorées vendues dans un sanctuaire japonais

Autres traditions de Nouvel An au Japon

Hatsuhinode — 初日の出 — Le 1er janvier, beaucoup se lèvent très tôt pour assister à la première aube de l’année. On se regroupe sur la côte ou en montagne pour admirer le lever du soleil. C’est pourquoi de nombreux poèmes haiku parlent de ce premier lever de soleil.

Takoage — Pendant le Nouvel An, on fait voler des cerfs-volants. Autrefois, certains modèles évoquaient des démons pour symboliser le départ du mal ; aujourd’hui, la plupart des familles font simplement voler des cerfs-volants ordinaires dans les parcs et les espaces ouverts.

Otoshidama — Parents, grands-parents, oncles et tantes offrent souvent de l’argent aux enfants dans des enveloppes spéciales. Selon l’âge, les sommes courantes tournent souvent entre quelques milliers et une dizaine de milliers de yens, sans règle unique nationale.

Cartes postales de vœux nengajō pour le 1er janvier

Kadomatsu — Décoration de pin et de bambou placée devant les maisons pour accueillir les divinités de l’année. On l’installe souvent après Noël et on la retire vers le 7 ou le 15 janvier, selon les usages locaux, avant de la brûler avec d’autres ornements.

Kohaku Uta Gassen — Spécial télévisé de la NHK, diffusé depuis des décennies la veille du Nouvel An. C’est l’un des programmes les plus regardés du pays : deux équipes, rouge et blanche, s’affrontent en chansons avec des artistes pop et enka de différentes générations.

Nengajō — Ce sont les cartes postales de Nouvel An. Des centaines de millions partent chaque année pour arriver idéalement le 1er janvier, grâce à un traitement postal spécial. Une famille peut en envoyer plusieurs dizaines à parents, amis et collègues.

Jeux anciens — Pendant l’Oshougatsu, on retrouve des jeux traditionnels. Les grands-parents enseignent encore le karuta, et à Kyoto se tiennent des compétitions où les participants portent le kimono.

Fukubukuro — Littéralement « sac de chance ». Pendant le Nouvel An, de nombreux magasins vendent des sacs mystérieux remplis de produits, parfois à prix réduit, sans que l’on connaisse exactement le contenu à l’avance.

Joueurs de karuta concentrés sur des cartes de poèmes

Banquet de Nouvel An au Japon

La table de l’Oshougatsu mérite autant d’attention que les temples. Les familles préparent ou commandent des plats traditionnels : kagami mochi, amazake, toshikoshi soba, ozōni, otoso et d’autres spécialités liées au passage d’année.

Osechi ryōri — Ensemble de plats associés au Nouvel An japonais, souvent présentés dans des boîtes laquées empilables appelées jūbako. Chaque mets porte une signification symbolique (santé, longévité, bonheur, prospérité). Préparer un grand osechi maison est long : beaucoup de foyers commandent donc un plateau chez un traiteur, un grand magasin ou même en konbini.

Mochi — Petits gâteaux de riz gluant pilé, ingrédient central de la cuisine du Nouvel An. On en prépare encore manuellement dans certaines familles, au mortier, même si l’achat tout prêt est devenu courant. Sa texture collante demande de la prudence, surtout pour les enfants et les personnes âgées.

Pilonnage traditionnel du mochi de riz gluant

Kagami mochi — Offrande de deux galettes de mochi superposées, souvent couronnées d’une orange amère daidai. Elle est liée à la longévité et se consomme plus tard lors d’un rituel, le kagami biraki, au début de janvier.

Boîtes d’osechi ryōri colorées pour le Nouvel An

Amazake — Boisson traditionnelle douce à base de riz fermenté, servie chaude dans les temples et les sanctuaires. Certains lieux en offrent gratuitement ; d’autres laissent des étals la vendre pendant le hatsumōde.

Toshikoshi soba — La veille du Nouvel An, on mange souvent un bol de nouilles de sarrasin juste avant minuit. La longueur des nouilles évoque le passage d’une année à l’autre et le souhait de longévité.

Ozōni — Soupe de mochi du matin du 1er janvier. À l’est du Japon, le bouillon est souvent clair ; à l’ouest, on le prépare fréquemment au miso. Les garnitures (légumes, poisson, condiments) varient aussi selon les régions et les familles.

Le Nouvel An est l’une des périodes les plus chargées pour les déplacements : beaucoup de gens rentrent chez leurs parents ou voyagent. D’autres rites s’ajoutent encore, comme le salut de l’empereur à Tokyo ou, localement, des feux d’artifice et des lâchers de ballons. Une grande partie de ces coutumes se déploie jusqu’au 15 janvier environ.

Phrases de Nouvel An en japonais

La forme la plus connue, formelle et complète pour dire bonne année en japonais est :

  • Shin nen akemashite omedetō gozaimasu
  • 新年明けましておめでとうございます

On n’emploie pas toujours shin nen [新年]. Souvent, on dit seulement akemashite [明けまして], du verbe akeru [明ける] : l’idée d’une année qui « s’ouvre ». Variations courantes :

  • 明けましておめでとうございます
  • 明けましておめでとう
  • 明けておめでとう (akete omedetou)
  • あけおめ (akeome)
Inscription japonaise de vœux de Nouvel An akemashite omedetō

Plus on abrège, plus le ton devient familier. Avec des inconnus ou des collègues, préférez au moins akemashite omedetō gozaimasu.

Les expressions avec akemashite s’emploient surtout après le début de l’année, car le verbe renvoie à quelque chose déjà advenu. Avant le 1er janvier, on préfère :

  • よいお年をお迎えください。
  • Yoi otoshi o omukae kudasai
  • Forme abrégée : Yoi otoshi o ! よいお年を!

Une autre formule très fréquente est « kotoshi mo yoroshiku onegaishimasu » [今年もよろしくお願いします] : « j’espère encore pouvoir compter sur vous cette année ». En mode très informel, certains jeunes disent koto yoro [ことよろ] !

Sur les cartes, on trouve aussi gashō [賀正], shōshun [頌春] et keishun [慶春], d’anciennes formules de vœux peu utilisées à l’oral. Pour un guide plus large des formules, voir aussi Phrases de Nouvel An en japonais.

Sources et liens utiles

À propos de l'auteur

Kevin Henrique

Spécialiste avec plus de 10 ans d'expérience en culture asiatique, avec un focus sur le Japon, la Corée, les anime et les jeux. Autodidacte, écrivain et voyageur centré sur l'enseignement du japonais, les conseils de voyage et les curiosités profondes.

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