Génétiquement, la plupart des Japonais naissent avec des cheveux noirs et lisses. Vue de l'extérieur, cette majorité donne l'impression que tout le reste — boucles, châtain, blond, rouge, mèches — serait mal vu. La question revient souvent, et elle mérite mieux qu'un oui sec ou un « ça n'existe pas ».
Il existe même un proverbe : le clou qui dépasse se fait marteler. Dans une salle de classe, ce clou peut devenir une teinture obligatoire ou un certificat de cheveux naturels (地毛証明書). Dans une rue d'Harajuku, le même clou brille en visual kei. Le préjugé, s'il y en a un, n'habite pas tout le pays de la même façon.
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À l'école, le noir n'est pas une mode : c'est un règlement
Les collèges et lycées japonais ont un règlement intérieur, le kôsoku (校則). Il peut fixer la longueur de la jupe, la coupe, parfois la couleur des sous-vêtements — et celle des cheveux. L'idée n'est pas « le brun est laid ». C'est l'uniforme : tout le monde se ressemble, personne ne se distingue trop.
Dans les années 1990, beaucoup de jeunes voulaient déjà colorer ou décolorer. Les règles ne suivaient pas. Certains ignoraient l'interdiction. D'autres se faisaient rappeler à l'ordre, parfois jusqu'à la teinture forcée. Des élèves au châtain naturel se retrouvaient accusés de s'être teints. Ce n'est pas une légende de forum.

En février 2021, parmi les 177 lycées sous l'autorité du gouvernement métropolitain de Tokyo, 79 demandaient aux élèves aux cheveux ondulés ou d'une autre couleur que le noir un certificat signé des parents attestant que les cheveux étaient naturels. Cinq établissements seulement avaient écrit qu'il n'y avait aucune obligation.
Le 16 février 2021, le tribunal de district d'Osaka a ordonné à la préfecture de verser 330 000 yens à une ancienne élève du lycée préfectoral Kaifukan, à Habikino. Elle était entrée en 2015 avec des cheveux qu'elle présentait comme naturellement bruns. L'école lui a répété de les teindre en noir. Elle a fini par arrêter les cours. La juge Noriko Yokota n'a pas qualifié la consigne de teinture de contrainte illégale, mais a jugé illégal le retrait de son nom de la liste de classe. Le dossier n'annule pas le règlement : il sanctionne la façon dont l'élève a été traitée une fois absente.
À Osaka, une enquête de 2017 avait déjà montré l'ampleur du contrôle. 80 % des lycées de la préfecture demandaient une confirmation de couleur naturelle si elle n'était pas noire : 74 établissements sur 137 à l'oral, 35 par écrit. Parmi ceux qui avaient bravé l'interdit, 48,9 % avaient dû se recolorer.
Les choses bougent, lentement. Pour l'année scolaire 2022, les lycées publics de Tokyo ont supprimé l'obligation de teindre en noir les cheveux qui ne l'étaient pas naturellement, ainsi que certaines règles sur la couleur des sous-vêtements. Ce n'est pas la fin du kôsoku dans tout l'archipel. C'est un assouplissement dans la capitale, après des années de pétitions. Ailleurs, le certificat et le noir obligatoire peuvent encore exister. Le kôsoku ne s'arrête d'ailleurs pas aux cheveux : jupe, téléphone, parfois l'interdiction de la queue de cheval. On a déjà raconté ces règles des écoles japonaises. Ici, c'est la tête qui nous intéresse.
Dans la rue, un autre Japon montre ses cheveux
Hors de l'école, le tableau change. Les Japonais ne passent pas leur vie en uniforme. Les plus grands noms du visual kei ont construit une carrière sur des coupes et des couleurs impossibles à l'appel du matin. Les gyaru ont longtemps misé sur le blond, les boucles et le volume. Certaines lolitas colorent aussi, selon la marque et l'époque.

Dans les animes, les jeux et les mangas, les cheveux roses, bleus ou vert fluo sont presque un langage. Cela ne prouve pas que la société adore la différence : c'est de la fiction. Cela montre surtout que le désir de se distinguer existe, et que le salon, le week-end et Harajuku savent quoi en faire. Les cheveux, au Japon, se prennent au sérieux. On invente des styles, on les photographie, on les vend. Même le vocabulaire du salon a son monde, d'où notre page sur les coiffeurs au Japon.
Dans les grandes villes, on croise des longueurs jusqu'aux talons, des arcs-en-ciel et des nœuds qu'aucun manuel scolaire n'a validés. Les gens ne vont pas forcément vous arrêter. Certains demanderont une photo. D'autres passeront sans un regard. Ce n'est pas la même pièce que la salle de classe.

Cheveux bouclés, blonds, bruns : génétique, pas caprice
Dire que personne n'a de préjugé contre les cheveux bouclés ou blonds est trop simple. Ils sont peu communs dans la population japonaise, oui. Beaucoup de Japonaises et de Japonais les envient et paient pour une permanente, un châtain ou un ombré. En ville, ce qui sort de la moyenne peut même passer pour stylé.
Le problème commence quand l'école traite un châtain de naissance comme une infraction, ou des boucles naturelles comme une permanente interdite. Les enfants métissés, les familles à la teinte plus claire, ceux qui ont une vraie permanente naturelle (天然パーマ) se retrouvent à devoir prouver ce qu'ils sont. Le certificat n'est pas un détail folklorique : c'est une paperasse qui dit que ta tête n'est pas la norme.

Si vous êtes élève, la seule question qui compte est le règlement de votre établissement, pas un article lu sur internet. Si vous visitez Tokyo en touriste aux cheveux roses, la rue vous jugera beaucoup moins que le lycée de quartier. Au travail, beaucoup d'entreprises restent sobres : noir, châtain discret, rien qui fasse week-end à Shibuya le lundi matin. Ce n'est pas une loi nationale. C'est une norme, et les normes bougent plus vite en ville qu'en uniforme.
Alors, y a-t-il un préjugé ?
Oui, s'il s'agit de l'école et de l'idée que les cheveux « corrects » sont noirs et raides. Non, si l'on imagine une société entière qui recule devant une permanente ou un rouge cerise dans la rue. Les deux Japon existent en même temps. Le proverbe du clou décrit le premier. Les gyaru et le visual kei décrivent le second.
Ce qui est inhabituel reste visible. Visible n'est pas automatiquement honteux. À l'école, ça peut encore coûter un certificat, une teinture ou une place dans la classe. Dehors, ça peut juste être votre style — et, pour beaucoup, c'est précisément ce qui est cool.
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