Vous avez probablement déjà vu, sur les réseaux, dans une vidéo ou au détour d'un festival, quelqu'un avec une tête de cheval collée sur les épaules. C'est vraiment très drôle : le premier réflexe, c'est souvent de rire, puis de sortir le téléphone.
Ce masque en vinyle et latex, le Horse Head Mask, devait faire peur à Halloween. Il est devenu un gag de rue, et sur le web japonais un visage d'anonymat qu'on reconnaît en une seconde.
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D'où vient le masque tête de cheval ?
Le masque original a été commercialisé au début des années 2000 par Archie McPhee & Co, à Seattle. On le trouve en vente en ligne au moins depuis février 2002 ; d'autres chronologies parlent d'Halloween 2003. Latex marron, crinière en fausse fourrure, tête entière. La boutique le vendait comme un costume dérangeant : une personne qui le porte, écrit encore McPhee, a l'air franchement perturbante. Sauf que l'objet est plus drôle qu'effrayant, et c'est ce décalage qui l'a installé.
Comment le mème a viralisé
Dès 2005, le Lonely PlanetGuide to Experimental Travel proposait une expérience baptisée Horse Head Adventure : porter un masque de cheval en voyage et observer les réactions. Le guide en faisait un protocole absurde : entrer dans une ville avec une tête impossible et noter ce que les passants font.
Ensuite les images ont bougé toutes seules. En 2010, Google Street View a photographié à Aberdeen, en Écosse, un homme vite surnommé horse boy. Le 8 juillet 2014, dans une rue de Denver, Barack Obama a serré la main d'un passant coiffé d'une tête de cheval : la photo a tourné pendant des jours. Entre les deux, vers 2009-2011, le gag était déjà partout — copies, irruptions dans le champ, joggeurs, gradins.
Le chapitre le plus étrange s'est joué au Japon.
Au Japon : Niconico, l'anime et la 馬マスク
Au Japon, on parle de 馬マスク (uma masuku). Sur Nico Nico Douga, beaucoup de gens qui veulent rester anonymes enfilent un masque : masque de Scream, casque Dark Vador, ou cette tête de cheval. Contrairement aux deux premiers, nés d'un film, la 馬マスク s'est imposée par mimétisme, dans les lives et les clips bricolés. Elle cache le visage sans avoir l'air d'un masque de protestation : on rit d'abord, on cherche l'identité ensuite.
En 2003, l'anime Full Metal Panic? Fumoffu avait déjà collé une tête de cheval sur un personnage, le Pony-man (ぽに男), un type louche qui poursuivait des lycéennes avec une brosse à cheveux. L'objet McPhee était déjà en magasin : le gag visuel a continué de revenir. On le voit aussi dans Strawberry Marshmallow (Ichigo Mashimaro) et, plus tard, dans Boku wa Tomodachi ga Sukunai Next.
Au tournant de 2007-2008, l'artiste Wotaken (ヲタケン) a posté sur Niconico des vidéos où il porte le masque. L'une d'elles, reprise sur YouTube en janvier 2008, le montre en train de danser sur un thème de Final Fantasy tout en cuisinant : plus de deux millions de vues, blogs anglophones, et le latex quitte le cercle otaku. D'autres streameurs, comme Umainu (馬犬), en ont fait une signature. Au grand public japonais, le masque a aussi explosé quand Okamura Takashi l'a porté dans une séquence de Mecha Ike (めちゃ×2イケてるッ!).
Il existe même un visual novel otome, Uma no Prince-sama (うまのプリンスさま, 2016), parodie d'Uta no Prince-sama : on y drague un cheval au visage humain. Ce n'est pas le masque McPhee, mais ça dit à quel point la tête de cheval est entrée dans l'humour japonais.
Les masques japonais traditionnels — nô, kitsune, oni — n'ont rien à voir avec ce latex américain. La 馬マスク est un import qui a trouvé une fonction locale : cacher le visage sans se prendre au sérieux.
Acheter un masque tête de cheval
On en trouve partout en ligne, l'original chez Archie McPhee et d'innombrables copies. Après le viral, le même moule a donné des licornes, des zèbres, des têtes blanches ou noires. Les prix bougent selon le vendeur ; ce qui compte, c'est l'effet une fois le masque sur la tête : on arrête de lire un visage, et on commence à lire une blague.
Le mieux, c'est encore de sortir avec dans la rue. Beaucoup demandent une photo et questionnent votre intellect, parfois votre espèce. Moi-même j'ai le mien. Et vous, vous oseriez le porter ?
Spécialiste avec plus de 10 ans d'expérience en culture asiatique, avec un focus sur le Japon, la Corée, les anime et les jeux. Autodidacte, écrivain et voyageur centré sur l'enseignement du japonais, les conseils de voyage et les curiosités profondes.
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