Kokuji : les kanji inventés au Japon

Kokuji : les kanji inventés au Japon

Caractères nationaux japonais : de 働 et 峠 aux mesures Meiji et au contraste avec le kokkun

Presque tout le monde sait que les kanji du japonais sont venus de Chine. Ce qui surprend, c’est que le Japon a aussi inventé ses propres idéogrammes : on les appelle kokuji (国字), littéralement « caractères nationaux ». Ce ne sont pas des curiosités de musée : plusieurs apparaissent dans des verbes et des noms du quotidien.

Les kokuji se forment en combinant des composants déjà existants (radicaux et parties d’autres kanji). Personne n’a de recensement exact, car au fil de l’histoire du Japon n’importe qui pouvait proposer un signe, et beaucoup sont tombés en désuétude. On estime qu’il en existe plus de 400, même si la plupart se voient à peine hors des dictionnaires ou des noms propres.

Ce que sont les kokuji : des kanji « fabriqués au Japon »

Bien qu’ils ne soient pas nés en Chine, certains kokuji ont tout de même une lecture on (d’origine chinoise), souvent par ressemblance avec un autre kanji ou grâce au radical. La tendance la plus fréquente reste toutefois la lecture kun native : le caractère a été créé pour un mot japonais qui existait déjà. Voici une liste de kokuji courants et utiles :

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KanjiOnKunSignification
ドウはたら.くTravailler
こむ、こめるBondé, mettre, inclure
サクしぼるPresser, exprimer
とうげCol de montagne, crête, apogée
はた、はたけChamp cultivé, potager
もんめMonme (3,75 g), ancienne unité de poids
わくCadre, structure, cadre de référence
ヘイMur, clôture, muret
センGlande
さかきArbre sakaki (Cleyera japonica)
つじCarrefour, croisement, coin de rue
にお.う, にお.い, にお.わせるSentir, parfum (verbe niou)
しつ.ける, しつけÉducation, discipline, dressage

Le Japon a importé des milliers d’idéogrammes de Chine, mais le trafic n’a pas été à sens unique : la Chine a aussi adopté certains kokuji. Le cas classique est (glande), pensé pour le vocabulaire médical moderne et repris ensuite en chinois.

Les kokuji ne datent pas d’hier. On en trouve des traces bien avant 759 apr. J.-C. (époque de Nara, y compris dans des corpus liés au Man’yōshū). À l’autre bout du calendrier, l’ère Meiji a encore vu naître des signes pour des notions scientifiques et des unités métriques : par exemple 糎 (centimètre) ou d’autres composés « SI + kanji ». Aujourd’hui, ces unités s’écrivent presque toujours en katakana ou en romaji : キロメートル, センチ, etc. Le kokuji de mesure reste plutôt une curiosité typographique qu’une norme quotidienne.

On ne verra probablement pas de nouveau kokuji « officiel » de sitôt. Le kanji cède du terrain face au hiragana et au katakana, même s’il reste indispensable dans la langue écrite. Beaucoup de mots qui s’écrivaient en kanji — y compris certains kokuji — passent au kana dans l’usage courant.

Voici encore quelques kokuji plus rares. Gardez à l’esprit qu’ils sont souvent inhabituels : on préfère en général une autre graphie, ou le katakana pour les emprunts.

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KanjiOnKunSignification
もくÉbéniste, charpentier
あくつBasses terres
はなしHistoire, conversation (récit)
トンTonne (tonnage)
いかのぼり、たこCerf-volant
こがらしVent d’hiver glacial
また; ばたFourche, aine (sens local)
麿まろPronom archaïque (je / vous, selon le contexte)
センチ、センチメートルCentimètre

On voit bien l’usage du kokuji pour noter des notions ou des emprunts qui, aujourd’hui, passent souvent par le katakana. Des centaines d’autres signes existent encore : on ne les détaille pas un par un, car leur emploi est marginal hors des noms, glossaires ou textes spécialisés.

Kokkun : le même kanji, un autre sens

À côté du kokuji existe le kokkun (国訓) : des idéogrammes d’origine chinoise qui, au Japon, ont pris un sens différent de celui du chinois. Ce ne sont pas des caractères « fabriqués au Japon » en forme, mais bien « redéfinis » dans l’usage local. Quelques exemples clairs :

IdéogrammeJaponais (lecture)Sens en japonaisPinyinSens en chinois
fujiGlycineténgRotin, liane
okiLarge, haute merchōngRincer, affluent
椿tsubakiCaméliachūnCèdre chinois (toona)
ayuAyu (poisson)niánSilure (souvent écrit 鯰)

En traversant la mer, les idéogrammes ont changé de nuance et de prononciation. Cette histoire d’emprunts et de réinventions explique pourquoi un même kanji peut avoir plusieurs lectures. Si les caractères « made in Japan » vous intéressent, les tableaux ci-dessus forment une bonne carte pour les reconnaître dans un texte réel.

Sources et liens utiles

À propos de l'auteur

Kevin Henrique

Spécialiste avec plus de 10 ans d'expérience en culture asiatique, avec un focus sur le Japon, la Corée, les anime et les jeux. Autodidacte, écrivain et voyageur centré sur l'enseignement du japonais, les conseils de voyage et les curiosités profondes.

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