Généralement, les Japonais n'affirment rien, à moins d'être absolument sûrs. Ce n'est pas de la timidité : une phrase trop nette peut coincer l'interlocuteur, et un « oui » trop tôt pèse plus qu'un peut-être bien placé.
Comme pour la ponctualité, ils veulent répondre de leurs paroles. S'il reste un imprévu, mieux vaut un tabun (多分) qu'une promesse — le kanji parle déjà d'une « grande part », plus proche d'un probablement que d'un pile ou face. Si vous êtes vraiment sûr, un beau mochiron (もちろん) suffit. Le reste se joue souvent entre ce qu'on pense et ce qu'on met en façade, le honne et le tatemae.
Des mots comme « peut-être, on dirait, ça pourrait, probablement, possiblement, je ne sais pas ou je pense » aident beaucoup à éviter les sujets trop tranchés.
Sommaire 4
Mots qui expriment l'incertitude
Un mot très courant pour répondre sans donner de certitude est tabun (多分) : « peut-être », et surtout « probablement », souvent placé au début ou au milieu de la phrase. Il s'écrit avec des idéogrammes qui parlent aussi d'une grande quantité — 多 « beaucoup », 分 « part ». D'où cette impression : plus de certitude que d'incertitude. On l'utilise quand on n'est pas sûr, ou quand les circonstances peuvent encore tout changer.
À ne pas confondre avec le tabun des fiches d'armes chimiques : ici, c'est bien 多分, un adverbe japonais. Le même romanji prête à confusion en français ; le kanji, lui, règle le doute.
Un autre mot très utilisé est kamoshirenai (かもしれない) ou kamoshiremasen (かもしれません) au poli. Il dit qu'une chose peut arriver, sans qu'on en soit sûr — et que le contraire reste possible. On le raccourcit souvent en kamo (かも) à l'oral, très informel. Sens proche : « ça se pourrait », « might », « possiblement ».
Même pour une opinion personnelle, on glisse souvent to omou (…と思う) ou omoimasu (思います), « je pense ». L'idée n'est pas d'être mou : c'est d'éviter que son avis pèse trop sur la décision de l'autre. Omou n'est pas kangaeru : l'un monte tout seul, l'autre se construit.
D'autres mots pour « peut-être » ou « probablement » :
| 若しかしたら | moshikashitara | peut-être, par hasard |
| 若しかして | moshikashite | peut-être, est-ce que…, si je ne me trompe pas |
| かもね | kamone | peut-être, ça se pourrait (oral) |
| 事によると | koto ni yoru to | peut-être, selon les circonstances |
| ひょっとすると | hyottosuruto | peut-être ; possiblement |
| 恐らく | osoraku | probablement (plus formel, souvent un peu grave) |
| 若しや | moshiya | peut-être, par quelque hasard |
| 蓋し | kedashi | sans doute, à vrai dire — classique, surtout à l'écrit |

Tabun, kamo, deshou : ce n'est pas le même doute
Traduire tout par « maybe » mélange trois outils. Kamoshirenai laisse la porte grande ouverte. Tabun est un adverbe : il penche déjà, souvent vers « probablement ». Deshou (et darou) viennent à la fin : conjecture avec un appui, pas un pile ou face.
| Expression | Place | Nuance |
|---|---|---|
| かもしれない kamoshirenai | fin de phrase | possibilité ; le contraire reste crédible |
| 多分 tabun | adverbe (début / milieu) | plutôt « probablement » que cinquante-cinquante |
| でしょう / だろう deshou / darou | fin de phrase | conjecture plus assurée, souvent avec un indice |
Les pourcentages qu'on voit dans les manuels sont des ordres de grandeur, pas un thermomètre officiel. Le vrai test : avez-vous un indice, ou est-ce un coup dans le noir ?
Mots qui expriment une certaine certitude
Il existe des mots pour un niveau de certitude proche de tabun (多分). Certaines phrases les combinent. Les deux terminaisons à retenir sont darou et deshou.
Deshou (でしょう) se traduit souvent par « probablement, on dirait, je suppose ». Avec une intonation montante, il devient une question : « vous n'êtes pas d'accord ? », « n'est-ce pas ? ».
Darou (だろう) dit la même chose, en plus cru : ça sonne plus masculin, plus familier. Les deux peuvent paraître relâchés selon le ton, surtout raccourcis à l'oral.
Contrairement à kamoshirenai, darou et deshou ne vont pas bien pour une action volontaire à soi : « je pense que j'irai demain » n'est pas leur terrain. Pour ça, on reste sur kamoshirenai (ou to omou). Kamoshirenai porte plus de doute que darou et deshou.
Le mot deshou est le réflexe des prévisions météo. On ne dit pas « il va pleuvoir demain », on dit « il pleuvra probablement demain » — 明日は雨でしょう。
Phrases d'exemples
Quelques phrases pour entendre la différence :
| Japonais | Romaji | Français |
| トムは多分眠っている。 | Tomu wa tabun nemutte iru. | Tom dort probablement. |
| 多分彼女は来るでしょう。 | Tabun kanojo wa kuru deshou. | Elle viendra probablement. |
| 多分君が正しいのだろう。 | Tabun kimi ga tadashii no darou. | Tu as probablement raison. |
| その食べ物はおいしいでしょう。 | Sono tabemono wa oishii deshou. | Cette nourriture a l'air bonne, je pense. |
| 明日は晴れでしょう。 | Ashita wa hare deshou. | Il fera probablement beau demain. |
| 君もパーティに行くだろう? | Kimi mo paatii ni iku darou? | Tu vas à la fête, pas vrai ? |
| 何か悪いことが彼にふりかかるかも知れない。 | Nani ka warui koto ga kare ni furikakaru kamo shirenai. | Quelque chose de mauvais pourrait lui arriver. |
| 私は間違ったのかも知れない。 | Watashi wa machigatta no kamo shirenai. | J'ai peut-être fait une erreur. |
| 彼の言ったことは本当かも知れない。 | Kare no itta koto wa hontou kamo shirenai. | Ce qu'il a dit pourrait être vrai. |
Le piège, pour un francophone, c'est de coller « maybe » partout. Un Japonais qui répond tabun n'est pas forcément à parts égales : il a souvent déjà choisi un côté, sans vouloir le clouer. Écouter la fin de phrase — kamo, deshou, darou — dit le reste.
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