Au Japon, il est facile de survivre et d'affronter les situations quotidiennes avec quelques mots et phrases de base. C'est l'une des grandes raisons pour lesquelles beaucoup de francophones qui y vivent — ou qui y passent — ne parlent pas encore couramment, ni même à un niveau intermédiaire. En pensant à cela, nous avons écrit cet article pour vous aider à dissimuler et à feindre de parler couramment le japonais.
Le but n'est pas de tromper qui que ce soit, mais simplement de masquer vos années d'étude et de procrastination qui ne vous ont pas appris à tenir une conversation. Cela arrive à de nombreux étudiants de japonais, et d'autres langues. Ils étudient jour et nuit, avalent des milliers de mots, de verbes et de règles, mais lorsqu'il s'agit de parler, la phrase reste coincée.
Parler couramment le japonais demande du temps, beaucoup de dévouement et une immersion avec des Japonais pour entraîner la conversation. Certains ont une appréhension réelle : peur de se tromper, peur de mal parler. Les conseils ci-dessous servent à dissimuler ce trou, et à feindre de comprendre ce qui se passe autour de vous — le temps de reprendre pied.

D'autres ont besoin d'apprendre vite quelques phrases pour un discours, une présentation, ou simplement pour ne pas rester muets au Japon. Beaucoup de célébrités apprennent au moins une réplique dans la langue du public. L'accent, le registre familier et les petits bruits d'écoute comptent souvent plus qu'une grammaire parfaite dans ces moments-là.
Et ne vous laissez pas berner parce qu'un Japonais vous a dit nihongo jōzu (日本語上手). On entend cette phrase dès qu'on sort un mot. C'est souvent de la politesse, pas un diplôme de fluidité.
Rappelez-vous aussi de ne pas feindre le japonais sans rien connaître de la langue : il faut au moins des bases solides pour que le masque tienne plus de trente secondes.
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Expressions pour feindre de comprendre le japonais
La première étape pour donner l'impression de parler japonais, ce n'est pas d'aligner des phrases du manuel. C'est d'apprendre les aizuchi (相槌) : ces petites interjections qui montrent que vous suivez. Un Français hoche souvent la tête en silence ; un Japonais s'attend à entendre un un, un sō, un naruhodo dans les pauses. Sans ça, on a l'air absent — même si on a tout compris.
Attention au piège : はい (hai) et うん (un) ne veulent pas forcément dire « d'accord, je signe ». En aizuchi, ça veut dire « je suis là, continuez ». Beaucoup de non-japonophones croient avoir un oui, puis découvrent le refus au moment de conclure.
En plus du oui et du non, il vous faut des mots qui rendent le japonais plus naturel, y compris pour reculer sans claquer la porte :
- ない - nai — négation collée à la fin des verbes ;
- 違う - chigau — ce n'est pas ça, c'est différent ;
- 無理 - muri — impossible, trop dur ;
- だめ - dame — ce n'est pas bon / on ne peut pas ;
- 出来ない - dekinai — je n'y arrive pas ;
- うん - un — « ouais / hm-hm » : vous écoutez, pas forcément vous acceptez ;
- そう - sō — « c'est ça / je vois », souvent avec desu ;
- ええ… - ē… — selon le ton : confirmation molle, ou « euh… » pour gagner du temps ;
- ちょっと - chotto — un peu, attendez, et souvent un non poli déguisé ;
- 大丈夫 - daijōbu — ça va, ne vous inquiétez pas ;
- なるほど - naruhodo — « je vois, ça se tient » ;
- へえ - hē — surprise légère, « ah bon ? ».
Les Japonais évitent autant que possible de dire non en face. Ils reculent avec une excuse, un chotto…, un « c'est un peu difficile ». Si vous devez refuser, essayez de reporter, dites sumimasen et inventez une raison crédible — plutôt que de larguer un iie sec.
Quand vous devez prendre la parole ou sortir d'un silence gênant, あの (ano) fonctionne comme un « euh… » pour attirer l'attention sans foncer. えっと (etto) achète une seconde de réflexion. Ce n'est pas du remplissage vain : en japonais, ces bruits font partie du rythme.

Conseils pour dissimuler votre japonais
Évitez de n'utiliser qu'un simple arigatō pour remercier : en familier, un dōmo suffit souvent. Dans les conversations entre proches, on avale aussi des particules comme を (o/wo) devant le verbe. Le manuel les écrit ; la bouche les saute.
Autre levier : les fins de phrase. Ne vous enfermez pas dans desu et masu. Apprenez quelques terminaisons plus relâchées, et, si vous vivez quelque part au Japon, un peu de dialecte local. Notre article sur le langage de genre donne des options de fins de phrase — à manier avec prudence, parce qu'un yo ou un wa mal placé sonne plus « anime » que naturel.
Pour « vous », anata n'est pas le mot passe-partout. Avec un inconnu, le nom + san marche souvent mieux ; anata peut sembler trop direct, voire trop intime. kimi et surtout omae ne se sortent que si la relation le permet vraiment — omae, mal dosé, sonne agressif. Et parfois, on n'a simplement pas besoin de « vous » dans chaque phrase : le japonais laisse le sujet tomber dès qu'il est évident.
- Nommez les choses au lieu de répéter kore wa (ceci) ;
- Apprenez deux ou trois expressions du dialecte du lieu où vous êtes — pas tout le Kansai-ben d'un coup.

Comment avoir un bon accent en japonais
Les francophones butent rarement aux mêmes endroits que les anglophones. Le japonais a peu de voyelles, et beaucoup de syllabes ouvertes qui rappellent le français. Le piège, c'est d'y coller quand même le R français, le H muet et l'intonation qui monte en fin de phrase.
Le R japonais n'est pas le R guttural de merci. Il se rapproche d'un battement de langue, à mi-chemin entre un L et un R doux. Forcer le fond de gorge sur arigatō déroute un natif plus vite qu'une petite faute de grammaire. Si le son refuse de venir, viser un L léger reste plus clair qu'un R parisien.
Le H, lui, existe bel et bien : hai (はい, oui) n'est pas ai (愛, amour). Un H avalé, réflexe français, change le mot. Pareil pour l'intonation : une phrase affirmative qui monte à la fin sonne comme une question. Le japonais, lui, joue surtout sur l'accent de hauteur : hashi (橋, pont) et hashi (箸, baguettes) ne se distinguent pas par un accent à la française, mais par le ton à l'intérieur du mot. Il faut les entendre, pas les souligner comme en français.
Deux détails qui font « faux débutant » dès qu'on les rate : les voyelles longues, et le petit っ (sokuon). Tōkyō n'est pas « Tokyo » avalé. Et des u à peine prononcés — suki qui glisse vers ski — font partie du rythme réel, pas d'une paresse. Imitez des conversations du quotidien, pas la voix d'anime : personne ne commande un café comme un héros de shōnen.
Parler japonais pour de vrai
Bien sûr, si vous voulez parler japonais, il faudra l'apprendre pour de vrai. Feindre ne tient ni longtemps, ni dans une discussion qui dévie du script. Parler couramment reste un défi long. En attendant, gardez ces objectifs en tête, même quand vous « jouez » le courant :
- Maîtriser les phrases dont vous avez réellement besoin ;
- Savoir construire une phrase, pas seulement la réciter ;
- Tenir la grammaire de base, assez pour réparer une phrase qui casse.
Si vous tenez ces trois points, une conversation japonaise devient possible — maladroite, imparfaite, mais réelle. Les astuces d'aizuchi et d'accent servent à oser ouvrir la bouche, pas à remplacer l'étude. N'ayez pas peur de vous tromper : le silence, lui, n'enseigne rien.
Et si la tentation est seulement de recracher trois répliques d'anime pour avoir l'air « japonisant », lisez plutôt ce que weeaboo veut dire : feindre le japonais parce qu'on aime les séries, ça se voit plus vite que n'importe quel accent.
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