Omotenashi : ce que signifie l'hospitalité japonaise

Omotenashi : ce que signifie l'hospitalité japonaise

Le dictionnaire, le discours de Buenos Aires en 2013, puis des gestes que l'on peut observer.

Dès l'enfance, beaucoup de Japonais apprennent à saluer, à s'excuser et à laisser la place à la personne qui arrive. Cette habitude porte un nom que l'on entend dans les gares, les magasins et les discours officiels : omotenashi.

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Signification d'omotenashi

Omotenashi (おもてなし) se traduit d'ordinaire par hospitalité. Le Digital Daijisen le classe comme la forme polie, avec le préfixe o, du nom motenashi (もてなし). Ce nom vient du verbe motenasu (持て成す). Pour la forme polie, le dictionnaire retient deux sens : la manière de recevoir quelqu'un, et le repas ou le thé que l'on offre.

L'écriture courante en kanji est 御持て成し. Ici, 御 note le o de politesse, le même préfixe que dans ocha ou osushi. Le reste, 持て成し, est le nom tiré du verbe. Satoru Kaminaga, ancien responsable des dictionnaires chez Shogakukan, rappelle que mote est lui aussi un préfixe : placé devant un verbe, il en nuance ou en renforce le sens, comme dans motehayasu (もてはやす). Motenasu assemble donc ce mote et nasu (なす, faire, mener à bien). Le verbe a d'abord voulu dire adopter exprès une attitude, ou s'arranger pour traiter une affaire. Le sens d'accueil chaleureux est attesté à partir du Moyen Âge.

Deux autres lectures circulent à côté de cette analyse. L'une coupe le mot en omote (表, la façade) et nashi (無し, sans) : un accueil sans double visage. L'autre part de la phrase mono o motte nashitogeru (モノを持って成し遂げる), mener une chose à bien en s'aidant de quelque chose. Le mono écrit en katakana y est parfois pris pour les attentions que l'on ne voit pas. Ces lectures ont nourri l'image publique du mot, à côté de l'étymologie des dictionnaires.

Serveuse souriante à l'entrée d'un restaurant, une main ouverte vers la salle, sous un noren

D'où vient le mot

Dans le Dit du Genji, le mot simple parle d'une allure ou d'une façon de traiter une affaire. Le Digital Daijisen cite ces emplois à côté du sens moderne. L'accueil chaleureux, lui, est relevé à partir du Moyen Âge. La cérémonie du thé du XVIe siècle est le décor que l'on cite le plus souvent pour cette attention : la rencontre est préparée pour la personne qui est là ce jour-là.

Hors du Japon, le mot est devenu célèbre le 7 septembre 2013. Ce jour-là, à Buenos Aires, Christel Takigawa a pris la parole en français devant la 125e session du CIO, comme ambassadrice de la candidature de Tokyo aux Jeux de 2020. Elle y a présenté l'omotenashi, et le mot s'est répandu hors de l'archipel. La même année, « o-mo-te-na-shi » a été retenu au prix japonais des mots nouveaux et à la mode.

En 2014, l'Agence japonaise du tourisme a réuni les offices régionaux dans un groupe d'étude sur l'accueil des voyageurs, ceux du pays et ceux qui viennent d'ailleurs.

Ce que l'accueil demande

Dans l'usage actuel, omotenashi consiste à recevoir l'invité, le client ou le voisin du mieux que l'on peut. L'image la plus proche, en français, est la règle d'or : traiter l'autre comme on aimerait être traité. Dans cet usage, le soin ne réclame pas de contrepartie.

Le geste se fait bas, sans annonce. On ajuste le siège, on indique le quai, on pose le verre avant que la personne ait fini sa phrase.

Deux femmes en kimono devant une maison en bois : l'une se penche au bord de l'engawa pour saluer l'autre
Le salut au seuil se voit aussi dans les maisons où travaillent les geishas.

Une grande part de l'étiquette formelle s'est exercée dans les rituels du thé et des arts martiaux. La courtoisie tient une place dans le bushido, le code des samouraïs. Aujourd'hui, le mot sert surtout dans les commerces, les gares et les hôtels.

Certains magasins écrivent la formule : angle du salut, phrase d'accueil, moment où l'on apporte le thé. Ces règles apprennent le geste, surtout aux plus jeunes. On parle d'omotenashi quand la personne le fait sans relire la fiche.

Jeune femme qui tend un verre posé sur un plateau, dans une petite boutique

Des gestes que l'on croise

Quelques scènes reviennent dans les récits de voyage et dans les habitudes locales :

  • le masque gardé pour ne pas transmettre un rhume ;
  • la visite aux voisins avant un chantier, avec une serviette ou un produit du quotidien, et un mot pour le bruit ;
  • le salut et le keigo, le registre poli de la langue ;
  • sumimasen pour ouvrir un échange, même quand personne n'a commis de faute ;
  • l'absence de pourboire : le prix annoncé est le prix payé ;
  • la rue laissée sans détritus après un festival ;
  • l'heure du train, tenue de près, avec une annonce claire quand le service prend du retard ;
  • un portefeuille trouvé, souvent déposé au koban, le petit poste de quartier ;
  • la portière arrière du taxi, ouverte par le chauffeur sans que le passager tire la poignée ;
  • le couvercle du siège de toilettes, qui se lève sur beaucoup de modèles ;
  • les panneaux qui s'excusent du dérangement, parfois avec un dessin ;
  • les élèves qui nettoient leur salle en fin de journée ;
  • l'assiette arrangée pour l'œil autant que pour la faim.

Tout le monde ne vit pas ainsi. Il reste des accueils secs, des files bousculées et des règles appliquées sans chaleur. Le mot décrit un idéal et une habitude de métier, et chacun répond du geste qu'il fait lui-même.

J'espère que l'article vous a plu. Si vous voulez le faire lire, partagez-le. Vous connaissez un autre geste, dans une gare, une auberge ou une rue ? Laissez-le en commentaire.

Sources et liens utiles

À propos de l'auteur

Kevin Henrique

Spécialiste avec plus de 10 ans d'expérience en culture asiatique, avec un focus sur le Japon, la Corée, les anime et les jeux. Autodidacte, écrivain et voyageur centré sur l'enseignement du japonais, les conseils de voyage et les curiosités profondes.

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