Il y a des établissements au Japon où vous finirez probablement par tomber sur un panneau : « Japanese Only », parfois traduit « Japonais seulement ». Ne vous inquiétez pas : c'est quelque chose de très, très rare. Mais si quelqu'un l'a vu, Internet l'a déjà vu aussi.
L'intention de ces affiches, au premier regard, est d'écarter les étrangers de la porte. On entend toutes sortes de prétextes. Une partie de ça se résume à un préjugé. Une autre partie, plus récente, parle de langue, pas de passeport. Les deux se ressemblent sur une photo. Dans la rue, ce n'est pas la même chose.
Le Japon n'est pas le seul pays avec ce genre de porte. Je suis déjà tombé sur des établissements aux États-Unis avec des panneaux franchement racistes, n'autorisant l'entrée qu'aux Blancs. Un panneau isolé ne dit pas un peuple. Traiter tous les Japonais de préjugés à cause d'une porte au hasard, c'est juste inverser le préjugé.

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« Japanese Only » n'est pas « Japanese language only »
Deux phrases anglaises se ressemblent. Elles ne veulent pas dire la même chose.
Japanese language only : le personnel ne parle que japonais. Si vous commandez en japonais, la porte reste ouverte. C'est maladroit, parfois agaçant, mais ce n'est pas un refus de nationalité.
Japanese Only, surtout suivi de « we don't allow customers from overseas », c'est autre chose : on refuse l'entrée d'après le passeport, l'apparence, ou l'idée que « l'étranger » ne saura jamais commander. Même un résident qui parle japonais peut se faire recaler. Là, on n'est plus dans la barrière de langue. On est dans le tri.
Cette confusion n'est pas un détail de traduction. En 2023, une izakaya de Naha, à Okinawa, a collé les deux sur la même feuille : d'abord « parce que notre personnel ne parle que japonais », puis, en anglais seulement, Japanese Only (sorry) — We don't allow customers from overseas to enter our bar. Le premier alinéa parle de langue. Le second ferme la porte à quiconque vient « d'outre-mer ».
Pourquoi certains établissements ferment la porte
Les raisons qu'on entend ne se valent pas toutes.
Il y a le petit commerce tenu par deux personnes, sans menu photo, sans anglais, qui panique dès qu'un client hésite. Il y a l'endroit exclusif, le bar de quartier où tout le monde se connaît, parfois proche de la yakuza. Il y a aussi les salles de nuit et les commerces +18 qui, depuis longtemps, filtrent les étrangers — souvent au nom de la langue, des « ennuis », ou d'une politique maison qu'ils ne justifient pas.
Je pense qu'un patron met rarement ce panneau juste pour dire « j'aime pas les gaijin ». Ça lui coupe des clients. Nous sommes déjà entrés dans des pubs très japonais où le propriétaire n'avait jamais rencontré d'étranger, ne parlait aucune autre langue, et était simplement content de nous connaître.
Autre règle, souvent confondue avec celle-ci : beaucoup d'onsen et de piscines interdisent les tatouages, à cause de l'association ancienne avec la yakuza. Ce n'est pas un panneau « Japanese Only ». C'est une autre porte, avec un autre motif — tout aussi réel pour qui a de l'encre sur la peau.
Otaru et Naha : quand le panneau sort d'Internet
Le cas le plus cité n'est pas un bar de Tokyo. C'est un onsen.
À Otaru, à Hokkaido, l'onsen Yunohana a affiché Japanese Only à la fin des années 1990, après des incidents avec des marins russes du port voisin : alcool, vols, étiquette du bain ignorée. La ville a demandé d'enlever le panneau. L'établissement a tenu. En novembre 2002, le tribunal de district de Sapporo a condamné Yunohana à verser 3 millions de yens de dommages — un million à chacun des trois plaignants — en jugeant que le refus d'entrée allait au-delà d'une discrimination « socialement acceptable ». L'un d'eux, Debito Arudou, s'était vu refuser l'entrée même après sa naturalisation japonaise : trop « pas japonais » à l'œil. La haute cour a confirmé la condamnation de l'onsen en 2004 ; la ville, elle, n'a pas été jugée responsable.
Le Japon a ratifié en 1995 la convention de l'ONU contre la discrimination raciale. Il n'a pas, pour autant, de loi nationale claire qui punit un commerçant privé pour un refus d'entrée fondé sur la nationalité ou l'apparence. Les tribunaux tranchent au cas par cas. D'où l'importance d'Otaru : ce n'est pas une rumeur de forum. C'est un jugement.
Vingt ans plus tard, Naha. L'izakaya a laissé son affiche au moins un an. Un groupe de riverains a alerté la division tourisme de la ville et le bureau des congrès d'Okinawa. En août 2023, la ville a demandé le retrait. Le patron a d'abord refusé, expliquant qu'il n'avait qu'une personne en salle et une en cuisine. En septembre, après la presse, le panneau est descendu. « Le texte était incorrect », a-t-il dit — comme si le problème n'était que la traduction.
Si le souci était vraiment la langue, « prière de commander en japonais » suffisait. Refuser « les clients d'outre-mer » suppose que l'étranger ne parlera jamais japonais. C'est faux pour une bonne partie des résidents, et de plus en plus faux pour des visiteurs qui ont appris quelques phrases.

Y a-t-il des préjugés dans ces panneaux ?
Oui. Il existe une méfiance anti-étrangers au Japon, et elle n'apparaît pas du néant. L'étranger se voit. Un client mal élevé, trop bruyant, qui filme sans demander ou qui ignore l'étiquette du bain, devient « les étrangers » dans la conversation du quartier. Les médias locaux relaient ce genre d'histoire. Chez une partie de la génération plus âgée, la guerre n'est pas un chapitre de manuel : c'est encore une mémoire.
Ça n'excuse pas de faire payer le groupe pour l'individu. Si vous vous tenez bien, il n'y a aucune raison de subir le recale d'une porte. Les étrangers sont-ils discriminés au Japon ? Parfois, oui. Pas partout, pas tout le temps, et pas au point de transformer un voyage en procès d'un pays.
Que faire dans ces cas ?
Ces établissements qui interdisent l'entrée aux non-Japonais sont difficiles à trouver. La réponse la plus simple reste la plus saine : allez ailleurs. Ce n'est pas vous qui perdez. C'est eux qui perdent un client.
Souvent, ces portes n'ont pas une grande réputation non plus auprès des Japonais. Le service n'est pas toujours à la hauteur du panneau. Restaurant, bar, izakaya : si vous tombez sur l'affiche, tournez-vous vers la suivante. Vous ne manquez rien d'irremplaçable.
Si l'endroit vous a vraiment heurté, réfléchissez avant d'y passer la soirée sur Internet. Ce type de commerce n'est pas une spécialité japonaise. On en trouve en Russie, en Corée du Sud, et ailleurs. Un panneau ne résume pas le Japon. Il résume une porte. Passez à la suivante.
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