Comment surmonter la peur des tremblements de terre au Japon ?

Comment surmonter la peur des tremblements de terre au Japon ?

De Kobe à Noto et Kumamoto, ce qui a tué, et les gestes que le Japon attend de ceux qui veulent y vivre.

Quand on parle de vivre au Japon, certaines personnes disent tout de suite qu'elles n'oseraient pas, à cause des tremblements de terre et des tsunamis. Je comprends cette réaction, parce que moi aussi je veux y vivre, et que c'est presque toujours le premier argument qu'on m'oppose. On peut garder cette inquiétude et quand même regarder où le danger se concentre, et ce que le pays demande de préparer.

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Faut-il avoir peur des tremblements de terre au Japon ?

Le Japon compte 14 125 îles. C'est le recensement de 2023 de l'Institut d'études géographiques (GSI). L'ancien total, 6 852, datait de 1987. Le seuil reste le même : un littoral d'au moins 100 mètres. Le bond vient de la carte numérique, et ces terres entraient déjà dans la superficie du pays.

L'archipel est posé sur plusieurs limites de plaques. L'Agence météorologique y recense 111 volcans actifs, au sens des volcans entrés en éruption depuis environ 10 000 ans ou qui dégagent encore des gaz. Le chiffre est celui d'août 2025. Une cinquantaine sont surveillés en continu. Les volcans du Japon rappellent cette même géographie. Les tsunamis du Pacifique viennent surtout du mouvement des plaques sous la mer.

Les secousses reviennent souvent. La plupart ne cassent rien. Un séisme fort peut tuer, et le mécanisme change selon l'événement : incendie, maison qui s'effondre, ou vague. Les séismes les plus meurtriers du pays le montrent mieux qu'une impression générale.

Les chiffres qui répondent à cette peur

En japonais, le tremblement de terre se dit jishin (地震). Quatre bilans suffisent à voir d'où viennent les morts.

DateÉvénementCe que le bilan retient
1er septembre 1923, 11 h 58Séisme du Kantō, magnitude estimée à 7,9Environ 105 000 morts et disparus. Environ 90 000 viennent de l'incendie.
17 janvier 1995, 5 h 46Séisme de Kobe, magnitude 7,36 437 morts dans le livre blanc de 2025, dont environ 900 liées au désastre. La plupart des morts directes viennent de maisons effondrées.
11 mars 2011, 14 h 46Séisme du Tohoku, magnitude 9,0Fin février 2026 : 15 901 morts et 2 519 disparus selon la police. Au 31 décembre 2025 : 3 810 morts liées au désastre, dont 2 350 à Fukushima.
1er janvier 2024, 16 h 10Séisme de Noto, magnitude 7,6Au 17 septembre 2026 : 228 morts directes à Ishikawa et 530 morts liées, soit 758 dans Ishikawa, Niigata et Toyama.

Le 1er septembre 1923, le séisme du Kantō a frappé à l'heure du déjeuner. Le feu, poussé par le vent, a fait l'essentiel des morts. À l'ancien terrain de l'intendance militaire de Honjo, dans l'actuel arrondissement de Sumida, environ 40 000 personnes réfugiées ont été prises par les flammes. Le livre blanc de 2023 du Bureau du Cabinet retient aussi environ 10 000 morts dues à l'effondrement des maisons, en plus des tsunamis et des glissements de terrain.

Le 17 janvier 1995, à Kobe, dans le sud de la préfecture de Hyogo, les gens dormaient. De vieilles maisons en bois, au toit de tuiles lourd, se sont effondrées dans les premières minutes. L'incendie a brûlé des quartiers et a marqué les images du lendemain. À Kobe, les morts directes viennent d'abord des toitures tombées sur les dormeurs. Le livre blanc de la prévention des catastrophes, édition 2025, compte 6 437 morts, dont environ 900 reconnues ensuite comme liées au désastre.

Le 11 mars 2011, le séisme de la côte Pacifique du Tohoku a soulevé la mer. Sur le littoral, le tsunami a fait l'essentiel des morts directes. Fin février 2026, l'Agence nationale de police comptait encore 15 901 morts et 2 519 disparus. Au 31 décembre 2025, l'Agence de la reconstruction comptait 3 810 morts liées au désastre, survenues ensuite par maladie, épuisement ou suicide, dont 2 350 à Fukushima. Le bilan de 2011 bouge encore quand un reste est identifié.

Vague noire du tsunami de 2011 submergeant la route côtière de Miyako, dans la préfecture d'Iwate, avec des voitures emportées.

Le 1er janvier 2024, la péninsule de Noto a subi une intensité 7, le plus haut degré de l'échelle japonaise shindo, à Shika et à Wajima. L'alerte au tsunami est partie dans les minutes qui ont suivi. Le 17 septembre 2026, le Nikkei, citant la préfecture d'Ishikawa, donnait 758 morts dans les trois préfectures touchées : 228 morts directes à Ishikawa, 516 morts liées dans la même préfecture, 6 à Niigata et 8 à Toyama. Les pluies meurtrières de septembre 2024 sur Noto sont un autre désastre. Leur bilan reste à part.

Depuis, le sol a encore bougé fort. Le 8 août 2024, un séisme de magnitude 7,1 au large de Hyuga-nada a atteint l'intensité 6 faible à Nichinan. L'Agence des pompiers comptait, au 28 août 2024, 16 blessés et 79 logements endommagés. L'avis de tsunami a été levé dans la soirée. L'Agence météorologique a publié le soir même une information temporaire sur la fosse de Nankai, pour demander de revérifier les préparatifs.

Le 20 avril 2026, vers 16 h 52, un séisme de magnitude 7,7 au large de Sanriku a été suivi d'une vague d'environ 80 cm au port de Kuji, dans Iwate. Le 25 juin 2026, à 7 h 30, un séisme de magnitude 7,2 au large d'Iwate a atteint l'intensité 6 forte à Hashikami, sans tsunami. Dans son article du 29 juillet 2026, Le Figaro rappelait que cette secousse du nord n'avait pas fait de morts.

Le 28 juillet 2026, à 16 h 27, un séisme de magnitude 7,1 dans la région de Kumamoto a atteint l'intensité 7 à Uki et à Hikawa. L'Agence météorologique l'a nommé séisme de Kumamoto de Reiwa 8. Le lendemain matin, la Première ministre Sanae Takaichi annonçait 13 morts, en comptant des cas dont le lien avec le séisme était encore vérifié. Les recherches continuaient à l'Aeon Mall de Kashima et dans une usine papetière de Yatsushiro. Le chiffre annoncé ce matin-là restait provisoire. Il montre déjà qu'une secousse à l'intérieur des terres peut tuer par effondrement et par incendie.

Je réponds souvent depuis le Brésil, quand on me dit que les séismes devraient me faire renoncer au Japon. En 2024, le Brésil a enregistré 42 590 homicides, selon l'Atlas da Violência de l'Ipea et du Forum brésilien de sécurité publique. C'est le nombre officiel d'homicides, tenu à part des morts de la route. Il dépasse les 6 437 morts de Kobe et les 15 901 morts directes de 2011. Le Kantō, avec environ 105 000 morts et disparus, dépasse à lui seul cette année brésilienne. La comparaison remet la peur quotidienne à sa place. 1923, 2011, Noto et Kumamoto en 2026 restent dans le compte.

Comment surmonter la peur des tremblements de terre ?

Parler de ces bilans est plus simple quand on n'a pas senti le sol bouger. Pour quelqu'un qui a déjà eu très peur, ou qui a perdu quelqu'un, la liste ne suffit pas. Quelques repères aident quand même, sans promettre que l'inquiétude va disparaître.

  • Nommez ce qui vous fait peur. La secousse, la vague et l'incendie ne demandent pas le même geste.
  • L'alerte précoce, kinkyū jishin sokuhō (緊急地震速報), arrive parfois quelques secondes avant les ondes les plus fortes. Ce délai sert à s'abriter. La date du prochain grand séisme reste hors de portée de cette alerte. Le vocabulaire des alertes se lit mieux avant le départ qu'au milieu d'une sirène.
  • Notez le trajet à pied jusqu'au point haut si vous êtes près de la côte, et le site d'évacuation indiqué par la mairie.
  • Répétez le geste une fois à la maison. Le moment où l'on reste figé raccourcit avec l'exercice.

Je ne cherche pas à faire peur avec ces bilans. La peur qui sert à quelque chose est celle qui fait fixer une armoire et savoir où monter si la mer est proche.

Comment se préparer à un tremblement de terre au Japon ?

Les gestes ci-dessous sont ceux que les guides japonais répètent, et ceux que l'on peut faire avant même d'avoir une adresse sur place.

  • Fixez les chauffe-eau. Placez les objets lourds sur le sol ou sur les étagères du bas, téléviseur compris.
  • Laissez le chemin vers la sortie dégagé.
  • Attachez les armoires, les étagères et les commodes au mur.
  • Gardez à portée de main de l'eau, une lampe, une radio à piles, des copies de papiers et les médicaments habituels.
  • Montrez à la maison comment couper le gaz, l'électricité et l'eau.
  • Pendant la secousse, baissez-vous, glissez-vous sous une table solide et tenez-vous. Un chambranle de porte laisse le plafond vous atteindre. Éloignez-vous des vitres.
  • Si la secousse est forte ou longue et que vous êtes près de la côte ou d'une embouchure, gagnez tout de suite un point haut. Partez avant d'aller voir si la mer se retire.
  • Demandez à la mairie la carte des risques et le site d'évacuation du quartier. Refaites le trajet de jour.
Estampe du séisme d'Ansei, en 1855 : incendie sur les toitures, maisons effondrées et grand poisson-chat au milieu des décombres.

L'estampe du séisme d'Ansei, en 1855, montre déjà le feu et les maisons en miettes. Au centre, le namazu, le poisson-chat géant auquel Edo attribuait les secousses. Le dessin a plus d'un siècle et demi. Le feu et l'effondrement, eux, sont encore les deux mécanismes à comprendre avant de parler de vague.

La vague, l'incendie et la maison

Habiter loin de la côte éloigne le tsunami de la rue. La vieille maison, le meuble haut et l'incendie restent. À Kobe, en 1995, et à Kumamoto, en 2026, des gens sont morts à l'intérieur des terres, sous des étages et dans des incendies. À Miyako, en 2011, l'eau a remonté la route du port et emporté des voitures. La secousse avait duré longtemps. C'est la vague qui a fait ce dégât-là.

Près de la mer, la règle est courte. Une secousse forte, ou qui dure longtemps, est déjà le signal de partir vers le haut, avant le message d'alerte s'il tarde. Une vague d'environ 80 cm, comme à Kuji en avril 2026, peut rester un avis. Une vague de plusieurs mètres, comme en 2011, arrive trop vite pour rentrer chercher un sac.

On attache la ceinture en voiture parce que l'accident existe, et parce que ce geste change le résultat quand il arrive. Au Japon, fixer les meubles, connaître le point haut et savoir couper le gaz jouent le même rôle. Si vous voulez y aller, ou y vivre, les séismes font partie du pays. Une secousse ordinaire et le désastre de 2011 demandent deux préparations différentes. Les premières secondes comptent plus qu'une peur laissée sans geste.

Sources et liens utiles

À propos de l'auteur

Kevin Henrique

Spécialiste avec plus de 10 ans d'expérience en culture asiatique, avec un focus sur le Japon, la Corée, les anime et les jeux. Autodidacte, écrivain et voyageur centré sur l'enseignement du japonais, les conseils de voyage et les curiosités profondes.

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