Le Sasumata (刺股) est une lance à fourche utilisée dans le Japon féodal, conçue pour immobiliser des adversaires sans leur infliger de blessures graves. Employée par les samouraïs puis par la police, elle faisait partie d'un trio d'armes non létales aux côtés du Tsukubo et du Sodegarami. Son dessin associe un long bâton à deux pointes dirigées vers l'avant et à des traverses latérales qui empêchent la cible de saisir l'arme ou de forcer le passage.
Même si elle remonte à l'époque du shogunat, le Sasumata reste présent dans le Japon moderne, notamment dans les écoles et les lieux publics, où il sert à maîtriser un intrus en toute sécurité.

Qu'est-ce qu'un Sasumata ?
Le Sasumata est une arme de distance et de contrôle, pas un instrument de coupe. Celui qui la manie reste à plusieurs pas de la cible et utilise la fourche pour bloquer le torse ou les épaules de l'agresseur, en le tenant à distance. Le bâton était assez long, dans le Japon féodal, pour maintenir un samouraï armé à bonne distance, ce qui lie cette arme à la tradition de l'affrontement non létal dans la culture martiale japonaise.
Le nom lui-même décrit la fonction : 刺 (sa, « piquer, intercepter ») et 股 (mata, « cuisse, fourche »). L'arme est faite pour attraper et retenir, pas pour trancher, ce qui distingue le Sasumata des armes de coupe ou d'estoc comme le katana ou le yari.
Conception et fonction
Un Sasumata typique comporte trois parties : un long manche en bois ou en métal, une fourche en U terminée par deux pointes à l'avant et des traverses ou des pointes latérales qui bloquent les mains de la cible. Une fois la fourche en place, l'agresseur ne peut plus se ruer en avant, atteindre un couteau ni saisir le bâton.
Les versions modernes sont souvent fabriquées en aluminium plutôt qu'en bois, les pointes sont émoussées et l'ensemble est plus léger que les modèles historiques. L'objectif n'est plus le combat mais une maîtrise rapide et contrôlée en attendant l'arrivée de la police.
Histoire et utilisation
Le Sasumata est apparu au plus fort du shogunat, à une époque où il fallait des armes non létales pour neutraliser des émeutiers, des agresseurs désarmés ou des déserteurs sans les tuer. Trois armes de ce type formaient un équipement standard que la police et les gardes urbaines alternaient selon la situation :
- Tsukubo : bâton de frappe muni d'une lourde tête en fer, utilisé pour étourdir l'agresseur ou le déstabiliser.
- Sodegarami : lance terminée par une chaîne ou un filet, conçue pour entraver les manches ou l'épée de l'adversaire.
- Sasumata : la lance à fourche, qui bloque le corps de l'agresseur à distance.
Ensemble, elles formaient ce qu'on appelait les « Three Great Peaceful Weapons » et étaient portées par des unités de police, des gardes urbains et des administrateurs de temples. Les samouraïs y recouraient lorsqu'il fallait capturer quelqu'un vivant, par exemple pour interroger un prisonnier, mettre fin à une prise d'otages ou régler un différend entre vassaux.
De la police féodale au Japon moderne
Avec la fin du shogunat au XIXᵉ siècle, l'arme a un temps perdu de son importance. Au début du XXᵉ siècle, la police japonaise a réintroduit du matériel similaire pour le contrôle des foules, en particulier lors de manifestations et de festivals à forte consommation d'alcool, où la priorité était de limiter les blessures.
Cette logique reste d'actualité. Le bâton de type Sasumata que portent certains agents aujourd'hui est un outil visible et non tranchant, qui traduit une intention de désescalade tout en offrant un moyen clair d'intervention.
Le Sasumata dans les écoles japonaises
Le Japon présente, en comparaison internationale, un taux très faible de violence par armes à feu, mais les attaques au couteau dans les écoles et les gares font régulièrement la une des médias. Dans ce contexte, de nombreuses écoles conservent un Sasumata dans leur kit d'urgence, aux côtés de boucliers de protection et de matériel de contention basique.
Le raisonnement est concret : dans un pays où les armes à feu sont rares, le couteau est l'arme d'agression la plus courante. Une lance à fourche maintient l'agresseur à distance sans le lacérer et laisse au personnel le temps de mettre les élèves en sécurité et d'appeler la police.

Équipement des écoles et des gares
Le bâton est généralement rangé avec un bouclier de protection, dans la salle des professeurs ou dans une armoire de sécurité fermée à clé. En cas d'alerte, une équipe désignée à l'avance prend le bouclier et le Sasumata, forme une ligne et repousse l'intrus jusqu'à l'arrivée des forces de l'ordre.
Les hôpitaux, les centres communautaires et les grandes gares disposent eux aussi de Sasumatas. Dans les lieux à forte affluence, la présence visible du bâton envoie un message clair : ici, on ne tire pas, on contient.
Cas réels : défense avec le Sasumata
Plusieurs incidents documentés ces dernières années montrent que le bâton fonctionne dans la pratique. À Aichi, un homme de 62 ans armé d'un couteau est entré dans une école d'Ichinomiya. Trois enseignants ont utilisé des Sasumatas pour le maintenir à distance et le remettre à la police, avant qu'il n'y ait de blessé.
Un cas comparable s'est produit à Tokyo, où trois enseignants ont également maîtrisé un intrus armé avec le même outil. D'après la direction de l'établissement, le personnel avait suivi au préalable une formation spécifique au Sasumata, ce qui a permis une réponse rapide et coordonnée.
Ces incidents ne prouvent pas qu'armer les écoles soit une bonne idée, mais ils montrent que les outils non létaux peuvent servir de solution intermédiaire réaliste dans un pays à faible taux d'armes à feu, en attendant l'arrivée de la police.
Technique et entraînement
La technique de base est simple à décrire et difficile à maîtriser : deux personnes travaillent ensemble, l'une manie le Sasumata, l'autre le bouclier. Le bâton se place par en dessous ou par le côté, la fourche enserre le torse, le bouclier couvre l'autre flanc. Une fois l'agresseur bloqué, on le maintient au sol avec des liens ou par simple pression corporelle jusqu'à ce que la police prenne le relais.
Les écoles et les communautés répètent le protocole régulièrement, souvent seulement quelques fois par an. Le personnel s'exerce à ouvrir rapidement l'armoire, à former une ligne, à positionner la fourche sans blesser l'agresseur et à se coordonner avec la police. Trois séquences d'entraînement filmées sont intégrées ci-dessous :
Limites de l'arme
Le Sasumata n'est pas une solution miracle. Il ne fonctionne que si le personnel s'est entraîné en amont, si plusieurs personnes peuvent agir de façon coordonnée et si la police peut arriver en quelques minutes. Dans les zones rurales où les délais d'intervention sont longs, la fenêtre de temps reste le principal problème. Ces écoles s'appuient d'ailleurs aussi sur des portes verrouillées, des systèmes d'alerte et des exercices d'évacuation réguliers.
Si la vie quotidienne des samouraïs vous intéresse, vous trouverez d'autres pistes dans cet article. Et pour voir d'autres armes japonaises de près, vous pouvez visiter le musée des samouraïs à Tokyo, où sont aussi exposées des armes non létales comme le Tsukubo et le Sodegarami.
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