Dire que « les Japonais n’aiment plus le sexe » résume mal une réalité beaucoup plus nuancée. Des enquêtes montrent qu’une part importante des couples mariés déclare avoir peu ou pas de rapports sur une période donnée. Elles ne mesurent pourtant ni le désir de toute une population, ni la qualité de toutes les relations, ni la raison unique de la baisse des naissances.
Le sujet devient plus clair quand on distingue quatre choses : la fréquence des rapports, le fait d’avoir un partenaire, le projet de mariage et le désir d’avoir des enfants. Ces éléments se croisent, mais ils ne disent pas la même chose.
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Ce que disent réellement les chiffres
Une enquête de la Japan Family Planning Association, relayée en 2024, a défini une relation « sexless » comme l’absence de rapport sexuel pendant un mois. Parmi les personnes mariées ayant répondu, 48,3 % entraient dans cette définition. Le résultat attire l’attention, mais il faut garder sa portée : il concerne un échantillon, une période et une définition précise. Il ne permet pas de conclure que tous les Japonais ont perdu leur intérêt pour l’intimité.
Une autre enquête, menée auprès de 4 000 personnes mariées et publiée par Nippon.com, séparait les situations « sexless » et « presque sexless ». Elle montre surtout que la fréquence des rapports ne résume pas automatiquement l’entente du couple : même parmi les personnes déclarant peu de rapports, une majorité qualifiait encore sa relation de bonne ou plutôt bonne.

Ce que « sexless » mesure — et ce qu’il ne mesure pas
Le mot décrit une fréquence, pas une identité ni un diagnostic. Un couple peut traverser une période sans rapport à cause de la fatigue, d’une grossesse, de la santé, du travail, d’un conflit ou d’un accord commun. L’absence de rapport pendant un mois ne permet pas, à elle seule, de savoir si les partenaires sont heureux, amoureux, en difficulté ou désintéressés.
Cette distinction évite aussi de transformer un choix personnel en défaut social. Certaines personnes veulent davantage d’intimité, d’autres moins ; certaines privilégient leur vie professionnelle, leur santé ou leur temps libre. Une enquête peut décrire une tendance, mais elle ne donne pas une explication valable pour chaque foyer.

Célibat, rencontres et désir ne se confondent pas
Le débat public mélange souvent célibat et absence de désir. Or l’enquête nationale de 2021 de l’Institute of Population and Social Security Research (IPSS) montre un tableau plus précis chez les personnes jamais mariées de 18 à 34 ans : 21,1 % des hommes et 27,8 % des femmes interrogés déclaraient avoir un partenaire ou des fiançailles avec une personne de l’autre sexe. Une part importante n’avait pas de partenaire au moment de l’enquête ; parmi elle, certaines ne recherchaient pas particulièrement ce type de relation.
Le questionnaire de l’IPSS porte sur les relations avec une personne de l’autre sexe. Il ne décrit donc pas toutes les orientations ni toutes les formes de relation. Il rappelle néanmoins une chose utile : ne pas avoir de partenaire à un moment donné ne permet pas de déduire le désir sexuel, la solitude ou la capacité à construire une relation.
Les moyens de rencontre évoluent eux aussi. Dans la même enquête, les personnes alors en couple indiquaient plus souvent les services en ligne qu’auparavant, tandis que les rencontres par les amis ou le travail reculaient. Le paysage relationnel change ; il ne disparaît pas.
Pourquoi le travail et la pression ne suffisent pas à tout expliquer
La fatigue professionnelle revient souvent dans les discussions sur le Japon, et elle peut peser sur la disponibilité d’un couple. Mais en faire l’explication unique serait trop facile. Les enquêtes récentes citent aussi la charge mentale, la grossesse ou la période suivant une naissance, la communication entre partenaires et le sentiment que l’intimité demande trop d’énergie.
Les mots japonais sōshoku danshi (草食男子, « homme herbivore ») sont parfois employés pour raconter ce phénomène. Ils désignent une étiquette médiatique apparue dans les années 2000, pas une catégorie médicale ni un synonyme de célibat. Ils ne doivent pas servir à décrire les hommes japonais dans leur ensemble.

Dans une relation, le problème n’est donc pas seulement le nombre de rapports. Le partage des tâches, les horaires, l’argent, l’arrivée d’un enfant, la santé et la possibilité de parler sans pression peuvent compter davantage que les clichés sur la réserve japonaise. Pour mieux comprendre le quotidien professionnel, consultez aussi notre article sur le travail au Japon.

Faible natalité : un sujet différent
La faible natalité japonaise ne peut pas être réduite à une supposée absence de sexe. L’IPSS relève notamment le coût de l’éducation des enfants parmi les raisons souvent citées par les couples qui n’ont pas le nombre d’enfants souhaité. Le projet parental dépend aussi de l’âge au mariage, du logement, de la stabilité de l’emploi, de la santé reproductive et de l’organisation du travail et de la garde.
La même étude indique que la planification des grossesses a progressé et que les préoccupations liées à l’infertilité sont fréquentes. Ces données invitent à éviter deux raccourcis : un couple sans enfant n’est pas forcément un couple sans rapports, et un couple ayant peu de rapports n’est pas forcément sans affection ni projet commun. Pour replacer ce thème dans son contexte, lisez aussi combien d’enfants les Japonais ont habituellement.

Lire le sujet sans cliché
Le Japon connaît, comme beaucoup de pays, des changements dans les rencontres, le mariage, le travail et le projet d’enfant. Les chiffres sur les couples « sexless » méritent d’être lus, car ils peuvent signaler de la fatigue ou des difficultés de communication. Ils ne justifient pas l’idée qu’une population entière serait devenue indifférente au sexe ou incapable d’aimer.
Si une personne japonaise paraît réservée, l’explication peut relever du caractère, du contexte, de la langue ou de la situation, et non d’une règle culturelle. Les difficultés d’isolement social existent également, comme le montre notre guide sur le hikikomori, mais elles ne permettent pas de décrire tous les célibataires ni tous les couples.

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