Si vous vous demandez pourquoi le Japon passe pour un pays techniquement avancé, le plus concret est de regarder des objets dont on peut donner l'année. Une planche de bois qui affiche la météo, une calculatrice de poche, un riz qui ne brûle plus au fond de la casserole : les histoires n'ont pas la même taille. Elles vont du panneau de maison à la lumière bleue.
Sommaire 8
1. Panneau de bois pour la maison
Avez-vous déjà imaginé qu'une planche de bois vous dirait la météo pour demain soir ? C'est le geste du mui Board, le panneau de mui Lab, à Kyoto. Au repos, on dirait une planche poncée. Un doigt sur la surface fait apparaître le menu : la météo, la musique, les messages, les lumières ou le thermostat. Une fois le geste fini, l'affichage s'éteint et le bois redevient une planche.
mui Lab montre l'objet dans sa galerie Ebisugawa Salone, au bureau de Kyoto. Des maisons, des hôtels et des magasins s'en servent quand ils veulent une commande sans écran allumé en permanence. On ne le croise pas dans chaque entrée.
2. Calculatrice de poche
Vous rappelez-vous la dernière fois que vous avez calculé quelque chose de tête ? Avant l'électronique, le geste courant au Japon passait souvent par le soroban, l'abaque à billes utilisé à l'école et dans le commerce. Le calcul, lui, est bien plus ancien que la machine de poche.
En 1971, la société japonaise Busicom commercialise la LE-120A, surnommée HANDY-LE. Elle compte parmi les toutes premières calculatrices vraiment de poche : douze chiffres, quatre piles AA, environ 22 mm d'épaisseur, et la puce Mostek MK6010 qui réunit le calcul sur un seul circuit. D'autres machines se portaient déjà à la main, souvent avec une imprimante. Celle-ci entre dans une poche de veste.
Le téléphone a repris ce calcul. La calculatrice de poche a surtout montré qu'un circuit, un affichage et une pile pouvaient quitter le bureau. Le cadre du soroban est repris dans l'article sur les mathématiques japonaises, le wasan et le soroban.

3. Robots androïdes
Les robots sont devenus une image courante du Japon technique. Dès 2003, des prototypes montraient des androïdes capables de cligner des yeux et de simuler une respiration. L'hôtel dont les clients ont ensuite parlé emploie d'autres machines.
En juillet 2015, l'hôtel Henn-na ouvre à Sasebo, près de Nagasaki, dans le parc Huis Ten Bosch. L'effectif mécanique monte jusqu'à 243 robots : un vélociraptor à la réception, des porteurs de bagages, et dans les chambres une assistante appelée Churi. Début 2019, plus de la moitié de ces machines quittent le service. Churi prenait le ronflement pour une demande et réveillait le client pour lui faire répéter. Les porteurs n'atteignaient qu'une dizaine de chambres sur environ 200. Le clignement d'yeux d'un androïde de laboratoire et la réception de Sasebo sont deux essais, et le second a ajouté du travail au personnel humain.
4. Cuiseur de riz électrique
Le riz collant ou le riz sec : nous connaissons tous ce moment où la casserole a trop chauffé, ou pas assez. Le 10 décembre 1955, Toshiba met en vente l'ER-4, le premier cuiseur électrique automatique pour la maison. L'appareil cuit environ vingt minutes, puis coupe le courant. L'eau du récipient extérieur s'évapore, la température monte, un thermostat arrête la chauffe avant que le riz brûle. À la sortie, il coûtait 3 200 yens.
Ce premier modèle s'arrêtait après la cuisson. Le maintien au chaud est arrivé sur des cuiseurs plus tardifs. Aujourd'hui, un cuiseur de riz japonais règle l'eau et la chaleur pour limiter le fond brûlé et le grain sec, et beaucoup gardent le riz chaud jusqu'au repas. L'ER-4 a surtout retiré la surveillance constante du feu.

5. Karaoké
En 1971, Daisuke Inoue joue dans les clubs de Kobe. Son groupe fournit la musique d'accompagnement, et les clients voulaient chanter avec les musiciens et les rejoindre sur scène. Il met alors en location une machine faite d'une bande d'accompagnement et d'un amplificateur, pour que la chanson continue sans l'orchestre.
Time le cite en 1999 parmi les Asiatiques les plus influents du siècle. Avant la machine de club d'Inoue, Shigeichi Negishi avait commercialisé en 1967 la Sparko Box, un appareil à pièces. Les bars et les salles privées sont venus ensuite. L'origine et la place de cette habitude au Japon sont dans l'article sur le karaoké et sa popularité.
6. Émoji
Émoji vient de 絵文字 : 絵 pour l'image, 文字 pour le caractère. C'est un caractère-image. Le symbole de crotte est celui que l'on reconnaît le plus vite dans les anciennes séries du téléphone.
Le 1er novembre 1997, le téléphone SkyWalker de J-Phone sort avec environ 90 pictogrammes en noir et blanc, crotte comprise. En 1999, Shigetaka Kurita dessine 176 images en couleur pour le service i-mode de NTT DoCoMo, sur une grille de 12 pixels sur 12. Le Museum of Modern Art de New York a pris cet ensemble dans sa collection en 2016. Le sens de plusieurs signes est détaillé dans l'article sur la signification des émojis japonais.

7. LED bleue
Le 7 octobre 2014, le prix Nobel de physique revient à Isamu Akasaki, Hiroshi Amano et Shuji Nakamura pour des diodes bleues efficaces, celles qui ont rendu possible une lumière blanche économe en électricité. La lumière bleue brillante date du début des années 1990. Akasaki et Amano travaillaient à l'université de Nagoya. Nakamura était chez Nichia, une entreprise de Tokushima.
Nakamura est né en 1954 à Ikata, au Japon. Au moment du prix, il est citoyen américain et enseigne à l'université de Californie à Santa Barbara. Les LED rouges et vertes existaient déjà. Le bleu a complété la gamme, et c'est avec lui que l'on compose une lampe blanche. Cette lampe dure plus longtemps et consomme moins d'électricité qu'une ampoule à filament.
Ce qui reste dans la main
Le cuiseur de 1955, la calculatrice de poche de 1971, le karaoké des clubs, l'émoji du téléphone et la LED bleue des années 1990 ont changé un geste que l'on refait sans s'en apercevoir. Le mui Board et l'hôtel de Sasebo tiennent l'autre côté : une machine peut être japonaise et précise, et rester rare, ou revenir en arrière quand elle gêne le client.
La réputation technique du Japon se lit dans cet écart. Cinq de ces objets sont encore dans un geste ordinaire. Le mui Board se voit dans une galerie de Kyoto. À Sasebo, l'hôtel a rappelé des humains à la réception.




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