Le Japon a-t-il été colonisé ? Quand a-t-il été unifié ?

Entre traités inégaux, époque Sengoku et shogunat Tokugawa, voici l'essentiel sur la souveraineté et l'unification du...

La réponse courte tient en deux phrases. Le Japon n'a pas été colonisé au sens où l'Inde, l'Indochine ou les Philippines l'ont été, c'est-à-dire par une domination étrangère durable sur l'ensemble du pays. En revanche, l'archipel a subi une ouverture forcée au XIXe siècle, puis il est devenu lui-même une puissance coloniale en Asie.

Quant à son unification, elle ne s'est pas faite en un jour. Elle s'est construite à la fin de l'époque Sengoku, entre les avancées d'Oda Nobunaga, la consolidation menée par Toyotomi Hideyoshi et la victoire décisive de Tokugawa Ieyasu, devenu shogun en 1603.

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Le Japon a-t-il vraiment été colonisé ?

Si l'on parle de l'État japonais dans son ensemble, la réponse est non. Le Japon a bien connu des tentatives d'invasion, comme les offensives mongoles de 1274 et 1281, mais elles ont échoué. Ce sont ces épisodes qui ont nourri l'image du kamikaze, le « vent divin », resté célèbre dans l'histoire japonaise.

Ce refus de la colonisation ne signifie pourtant pas que le pays ait vécu à l'abri des pressions extérieures. À partir de 1853, l'arrivée du commodore Matthew Perry et des « navires noirs » oblige le shogunat Tokugawa à ouvrir des ports au commerce étranger. Les conventions signées dans les années suivantes imposent au Japon des conditions défavorables, souvent décrites comme des traités inégaux.

Représentation de l'ouverture du Japon et de la modernisation de l'ère Meiji
L'ouverture forcée du XIXe siècle n'a pas transformé le Japon en colonie, mais elle a profondément modifié son rapport au monde.

Pressions étrangères, mais pas colonisation complète

La nuance est importante. Le Japon a perdu une partie de sa marge de manœuvre diplomatique, mais il a conservé ses institutions et ses dirigeants. C'est précisément pour éviter le sort de nombreux voisins asiatiques que le pays accélère ensuite sa modernisation militaire, industrielle et administrative durant la Restauration de Meiji et la période impériale.

Autrement dit, le Japon n'a pas été colonisé comme la Corée ou Taïwan l'ont été plus tard. En revanche, il a dû composer avec une pression occidentale réelle, assez forte pour renverser l'équilibre politique de la fin d'Edo.

Le paradoxe historique à ne pas oublier

C'est là que beaucoup de résumés deviennent trompeurs. Le Japon n'a pas été colonisé comme nation souveraine, mais il est devenu à son tour une puissance coloniale. À partir de 1895, il annexe Taïwan ; en 1910, il annexe la Corée ; puis il étend son influence en Mandchourie et ailleurs en Asie orientale. Dire seulement que « le Japon n'a jamais été colonisé » sans ajouter cette nuance donne une image incomplète de son histoire.

Quand le Japon a-t-il été unifié ?

L'unification du Japon s'est jouée entre la seconde moitié du XVIe siècle et le début du XVIIe. Avant cela, l'archipel traversait l'époque Sengoku, une longue phase de guerres entre daimyō, alliances fragiles et rivalités régionales. La date symbolique la plus souvent retenue pour l'aboutissement politique du processus est 1603, lorsque Tokugawa Ieyasu devient shogun.

Oda Nobunaga : briser l'ancien équilibre

Oda Nobunaga est le premier grand artisan de cette unification. À partir de 1568, il étend son influence autour de Kyōto, affaiblit plusieurs lignées rivales et réduit le pouvoir militaire de grands complexes religieux. Il se distingue aussi par son usage pragmatique des armes à feu, introduites au Japon par les Portugais quelques décennies plus tôt.

Illustration d'Oda Nobunaga, premier grand acteur de l'unification du Japon
Oda Nobunaga ouvre la voie à l'unification en imposant un nouveau rapport de force au cœur du Japon.

Nobunaga ne parvient pas à achever lui-même l'unification, puisqu'il meurt en 1582. Mais il casse l'équilibre féodal qui empêchait tout pouvoir central durable de s'imposer.

Toyotomi Hideyoshi : achever l'essentiel du travail

Après la mort de Nobunaga, Toyotomi Hideyoshi reprend l'offensive et soumet progressivement la majeure partie du pays. Il impose des réformes qui renforcent le contrôle du pouvoir central, notamment des enquêtes foncières et une séparation plus nette entre guerriers et paysans.

Hideyoshi est donc souvent présenté comme celui qui termine l'essentiel de l'unification territoriale. Ses invasions de la Corée en 1592 et 1597 montrent toutefois qu'un Japon plus uni devient aussi un Japon plus ambitieux militairement.

Tokugawa Ieyasu : transformer la victoire en régime durable

La dernière étape revient à Tokugawa Ieyasu. Sa victoire à Sekigahara en 1600 lui donne l'avantage décisif sur ses rivaux, et son accession au titre de shogun en 1603 fonde le régime qui domine le pays pendant plus de deux siècles et demi. Pour comprendre ce basculement, il faut le lire dans la continuité de la période Edo et du shogunat Tokugawa.

Le mérite d'Ieyasu n'est pas seulement d'avoir gagné une bataille. Il stabilise l'ordre politique, encadre les daimyō et installe un centre de gravité durable à Edo, future Tokyo. C'est ce passage de la conquête à l'organisation qui fait de 1603 une date si importante.

Ce que l'unification a changé

L'unification met fin aux grandes guerres civiles qui avaient ravagé le pays pendant des décennies. Elle ouvre une longue période de paix relative, favorise une meilleure circulation des hommes, des marchandises et des impôts, et permet au pouvoir central de mieux surveiller les élites régionales.

Cette stabilité n'est pas synonyme de liberté totale. Le Japon des Tokugawa reste très hiérarchisé, avec une société d'ordres et un contrôle politique étroit. La politique de fermeture du pays, souvent résumée par le mot sakoku, s'installe progressivement au XVIIe siècle plutôt qu'immédiatement dès 1603.

En une phrase : que faut-il retenir ?

Le Japon n'a pas été colonisé comme d'autres pays d'Asie, même s'il a subi l'ouverture forcée et les traités inégaux du XIXe siècle ; son unification, elle, s'est accomplie entre Nobunaga, Hideyoshi et Tokugawa Ieyasu, avec un aboutissement politique en 1603.

Cette double réalité explique beaucoup de malentendus. Le Japon a résisté à la colonisation directe, mais il a ensuite construit son propre empire. Et s'il a pu réagir aussi vite aux pressions étrangères, c'est en partie parce que l'unification menée à la fin de Sengoku avait déjà donné au pays une base politique plus solide.

Sources et liens utiles
Kevin Henrique

À propos de l'auteur: Kevin Henrique

Spécialiste avec plus de 10 ans d'expérience en culture asiatique, avec un focus sur le Japon, la Corée, les anime et les jeux. Autodidacte, écrivain et voyageur centré sur l'enseignement du japonais, les conseils de voyage et les curiosités profondes.

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