De temps en temps, on entend que les Japonais sont tous identiques. La même chose se dit d'autres pays d'Asie : tout le monde aurait le même visage, tout le monde se ressemblerait. Est-ce vrai ?
Je l'avoue : encore aujourd'hui, j'ai du mal à distinguer la nationalité d'une personne asiatique rien qu'en la voyant. Mais ce n'est pas le sujet. Ici, il s'agit de reconnaître des gens d'une même nationalité, un par un, sans les fondre dans un seul visage.
Supposons que vous connaissiez un Japonais. Sauriez-vous le retrouver au milieu de la foule si vous vous perdiez ? Si un groupe d'amis japonais pose pour une photo, allez-vous les confondre au moment de les identifier ?
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Les Japonais ne sont pas identiques !
De la même manière que beaucoup d'Européens imaginent les Japonais tous pareils, beaucoup de personnes en Asie de l'Est pensent la même chose des visages européens. Tout cela arrive à cause d'un simple bug dans le cerveau.
Les psychologues appellent cela l'effet d'appartenance ethnique (cross-race effect ou other-race effect). On retient et on distingue mieux les visages du groupe auquel on a été exposé. L'effet va dans les deux sens : un Européen peine souvent à individualiser des visages japonais, et un Japonais peut avoir la même difficulté avec des visages européens.
Des volontaires européens et japonais (ou chinois, selon les protocoles) reconnaissent plus facilement les photos de leur propre groupe. L'étude de Roberto Caldara, à l'Université de Fribourg et à Glasgow, a regardé plus loin que le test de mémoire : l'aire fusiforme faciale, à l'arrière du cerveau droit, réagissait de façon spécifique surtout aux visages du même type que le participant. Pour l'autre groupe, le signal d'accoutumance était le même. Le cerveau les rangeait d'abord dans une grande catégorie.

Pour beaucoup de Japonais de ces expériences, ces blonds européens « se ressemblaient tous » — et ils se demandaient comment on faisait pour les différencier. Le même effort, plus grand, apparaît quand un Européen tente de décider s'il a déjà vu tel visage asiatique.
Le tri commence très tôt. Vers trois mois, un nourrisson distingue encore bien des visages de types différents ; vers neuf mois, il a déjà tendance à regrouper les visages moins familiers. Comme pour la langue, le système visuel se spécialise sur ce qu'il voit le plus souvent.
Les Japonais ne se ressemblent pas ?
Dans un pays très mélangé comme le Brésil, l'œil s'exerce tôt sur des visages très différents. En France, selon le quartier, l'école ou le cercle d'amis, cette exposition n'est pas garantie. Le cliché naît souvent là : on a peu vu, donc on classe.
Même si l'œil identifie vite « un visage japonais » dans une foule, cela ne veut pas dire que les Japonais sont des copies conformes. Il y a des traits plus fréquents — cheveux noirs, une silhouette souvent plus mince — mais ce n'est pas une photocopie. L'uniformité que l'on croit voir vient aussi des vêtements, des coiffures et d'un style de rue plus homogène que dans beaucoup de villes européennes.

Par expérience, je distinguais déjà mes amis japonais dans la foule, simplement parce que j'étais habitué à leurs visages. En vivant parmi des Japonais, on s'aperçoit vite qu'ils sont très différents les uns des autres — à condition de les regarder comme des personnes, pas comme une catégorie.
Beaucoup sortent du « standard » par les vêtements et les coupes. Certains se teignent même les cheveux. La grande majorité, elle, porte des vêtements et des coupes assez proches, ce qui standardise encore l'image du groupe, sans rendre les visages identiques.
Vivre parmi les Japonais ne suffit pas
Les études ont conclu que même si vous déménagez au Japon, vous finirez souvent par trouver encore que « les Japonais se ressemblent ». Le cerveau doit être entraîné à remarquer les différences, de la même manière que vous différenciez vos amis. Habiter un quartier asiatique ne suffit pas : il faut identifier les gens un par un.
Nous naissons dans un environnement. Depuis bébé, nous voyons surtout les mêmes familles de visages, et c'est cela qui nous aide à repérer les petites différences de chacun. Cette capacité reste plus faible si l'on a rarement côtoyé d'autres types de visages. Moi-même, je n'arrive plus à trouver les Japonais tous identiques, à cause de ma fréquentation de la culture japonaise — et des chocs du quotidien au Japon, qui forcent à voir des individus, pas une masse.
La même chose se passe à l'intérieur d'un pays. Au Brésil, on remarque des airs de famille entre gens du Nordeste, Gaúchos du Sud, populations autochtones. Le cerveau aime les raccourcis. Les visages, eux, restent individuels.
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