On imagine souvent le Japon comme un pays de règles infinies, où l'étranger risque de faire un faux pas à chaque coin de rue. L'inverse est tout aussi vrai : certains gestes jugés impolis en Occident y sont banals, parfois même attendus, dès qu'on comprend le contexte.
Appeler le serveur à voix haute, aspirer ses nouilles, s'endormir dans le train… ce n'est pas de la maladresse importée. C'est une autre lecture de la politesse, où l'efficacité, l'espace partagé et le groupe pèsent plus que l'étiquette de salon.
Sommaire 12
À table : habitudes « impolies » qui passent très bien
1. Appeler le serveur à voix haute
En Occident, on lève souvent la main ou on cherche le regard du personnel. Au Japon, les signaux discrets ne suffisent pas toujours : on dit clairement sumimasen (« excusez-moi ») pour attirer l'attention. Ce n'est pas un cri agressif ; c'est le signal standard. Dans beaucoup de restaurants, un bouton sur la table joue le même rôle.
2. Faire du bruit en mangeant des nouilles
Aspirer ramen, soba ou udon (le fameux susuru) est accepté, parfois encouragé : cela refroidit les nouilles et en fait mieux remonter l'arôme. Ce n'est pas une obligation de « performance » pour prouver qu'on aime le plat, et ce n'est pas non plus une licence pour manger bruyamment tout type de nourriture. Sur des nouilles chaudes, le slurp ne choque personne.
3. Boire directement dans les bols
Tenir son bol de riz ou de soupe près de la bouche, boire le bouillon, finir le bol à la main : c'est le usage. Les bols sont faits pour ça. Ce qui paraîtrait étrange ailleurs — coller l'assiette à la table et gratter le fond — est ici naturel et propre.

4. Manger le sushi à la main
Les hashi (baguettes) restent courants, mais manger le sushi nigiri avec les doigts est tout à fait correct, y compris dans un cadre soigné. L'important, c'est la propreté du geste et le respect du poisson — pas de forcer une politesse occidentale inventée.
5. Laisser les autres vous servir à boire
Entre collègues ou amis, on remplit souvent le verre de l'autre plutôt que le sien. Se servir soi-même en premier peut paraître un peu solitaire. On tend la bouteille, on attend qu'on remplisse son verre, et le tour reprend. Ce n'est pas une loi écrite, mais un rythme social très lisible dans les izakaya.
Dans la rue, le train et le quotidien
6. Dormir pendant les activités (inemuri)
S'assoupir dans le train, parfois en cours ou au bureau, entre dans le champ de l'inemuri : un sommeil court en public, toléré tant qu'on ne dérange pas le voisin. Ce n'est pas une preuve de paresse ; c'est souvent le signe d'horaires longs et d'un espace public où le silence permet ce petit décrochage.

7. Ne pas tenir les portes comme un « code de galanterie »
Tenir la porte pour la personne derrière existe, mais ce n'est pas le même rituel de courtoisie qu'en Europe ou en Amérique. On avance, on laisse passer sans grande scène, et le service en magasin suit d'autres codes (accueil, précision) plutôt que la galanterie classique. Ce n'est pas de l'impolitesse : c'est une autre carte des gestes attendus.
8. Voitures et piétons au même moment
Dans de grands carrefours, le feu piéton et le feu pour certains véhicules peuvent être verts en même temps : les voitures tournent en partageant l'espace avec les piétons. Pour un touriste, cela peut sembler agressif. Sur place, il faut surtout regarder, traverser en restant visible et ne pas s'attendre au même stop total qu'ailleurs dès qu'un pied touche le passage.
9. Les poussées dans les trains aux heures de pointe
Aux heures de rush, se faire pousser (ou pousser un peu) dans une rame bondée est courant, parfois avec l'aide des oshiya. Ce n'est pas une invitation au contact libre : le harcèlement (chikan) reste un problème réel et pris au sérieux. La nuance compte : congestion dense d'un côté, geste sexuel non consenti de l'autre — les deux ne se confondent pas.

10. Une liberté vestimentaire qui surprend
Selon le contexte, on peut croiser le fundoshi (sous-vêtement traditionnel qui, vu de loin, déroute), des sorties en pyjama jusqu'au konbini, du cosplay en ville ou des associations de vêtements qui feraient lever un sourcil ailleurs. Ce n'est pas « n'importe quoi » partout : le bureau et l'école restent codés. Mais l'espace public japonais tolère des looks qui, en Occident, passeraient pour incorrects ou embarrassants.
Beaucoup de choses qui paraissent rudes hors du Japon sont, ici, soit pratiques, soit socialement lues autrement. Si une scène du quotidien japonais vous a déjà surpris pour les mêmes raisons, elle rentre souvent dans cette logique : ce n'est pas le chaos, c'est un autre mode d'emploi de la politesse.
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