Le Japon passe pour l'un des pays les plus sûrs du monde. C'est aussi, avec les États-Unis, l'un des deux membres du G7 où l'on pend encore. La peine de mort y reste une sanction légale, presque toujours pour des homicides multiples — et, plus rarement, pour un meurtre unique jugé particulièrement atroce.
Le condamné, lui, l'apprend souvent le matin même, parfois une heure ou deux avant. La famille, après. Ce secret, plus que la corde, est ce qui rend le système japonais si difficile à regarder en face.
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Quand la peine capitale est-elle apparue au Japon ?
À partir du IVe siècle environ, le Japon a été de plus en plus influencé par le système judiciaire chinois et a progressivement adopté un système de punitions graduées selon les crimes, incluant la peine de mort.
Cependant, dès la période Nara, les punitions cruelles et le recours à la peine de mort ont diminué, probablement sous l'influence du bouddhisme. La peine de mort fut finalement abolie durant la période Heian et ne fut plus utilisée pendant les 300 années suivantes, jusqu'à la Guerre de Genpei.

Durant la période Kamakura, la peine capitale fut de nouveau largement utilisée et les méthodes d'exécution devinrent de plus en plus cruelles, incluant le bûcher, l'ébullition et la crucifixion, entre autres.
Au cours de la période Muromachi, des méthodes encore plus sévères sont apparues, telles que la crucifixion tête en bas, l'empalement, le sciage et le démembrement par des bœufs ou des charrettes.
Ces méthodes rudes et l'usage libéral de la peine de mort se sont poursuivis tout au long de la période Edo et au début de la période Meiji. Sous l'influence du confucianisme, les offenses contre les maîtres et les aînés étaient punies avec une plus grande sévérité que celles commises contre des personnes de classe inférieure.
En 1871, suite à une réforme majeure du code pénal, le nombre de crimes passibles de mort a été réduit, et la torture excessive ainsi que la flagellation ont été abolies. Il ne reste aujourd'hui qu'une seule méthode : la pendaison.

Les critères de Nagayama
En 1983, dans l'affaire Norio Nagayama — un jeune homme qui avait tué quatre personnes en 1968 —, la Cour suprême du Japon a fixé une ligne : la peine de mort ne doit être retenue que lorsque la responsabilité de l'auteur est extrêmement grave, et que la peine maximale paraît inévitable, à la fois pour l'équilibre entre le crime et le châtiment et pour la prévention générale. Nagayama a été pendu en 1997.
Ces orientations, dites critères de Nagayama, ne sont pas techniquement un précédent obligatoire. Elles ont pourtant été suivies dans les affaires capitales suivantes. Les neuf critères sont les suivants :
- Degré de cruauté (malignité) ;
- Mobile du crime ;
- Manière dont le crime a été commis (en particulier la façon dont la victime a été tuée) ;
- Résultat du crime (en particulier le nombre de victimes) ;
- Sentiments des membres de la famille de la victime ;
- Impact du crime sur la société japonaise ;
- Âge de l'accusé — la peine capitale peut être prononcée dès 18 ans au moment des faits ;
- Antécédents criminels de l'accusé ;
- Degré de remords manifesté par l'accusé.
En pratique, le nombre de victimes pèse plus que le reste : les homicides multiples aboutissent bien plus souvent à la mort que les meurtres uniques, sauf crime jugé d'une cruauté particulière.

Comment se déroule une exécution au Japon
Une fois la condamnation définitive, le prisonnier n'est pas envoyé dans une prison ordinaire. Il est incarcéré dans l'un des sept centres de détention (kōchisho) qui disposent d'une chambre d'exécution : Sapporo, Sendai, Tokyo, Nagoya, Osaka, Hiroshima et Fukuoka. L'isolement y est la règle. Les visites se limitent, en pratique, à la famille proche et aux avocats.
L'ordre d'exécution est signé par le ministre de la Justice après des consultations internes au sein du ministère. Une fois l'approbation finale signée, l'exécution doit avoir lieu dans un délai de cinq jours. Par la loi, une exécution ne peut avoir lieu un jour férié national, un samedi, un dimanche, ou entre le 31 décembre et le 2 janvier.
La peine de mort est exécutée par pendaison dans une chambre située à l'intérieur du centre. Lorsqu'un ordre a été émis, le condamné en est informé le matin même — souvent une ou deux heures avant. Les condamnés ont le choix de leur dernier repas. Trois ou cinq boutons sont pressés en même temps par des surveillants ; un seul actionne la trappe, afin qu'aucun ne sache qui a fait chuter le plancher.
La famille et les représentants légaux du prisonnier, ainsi que le grand public, ne sont informés qu'après les faits. Depuis le 7 décembre 2007, les autorités publient les noms, la nature des crimes et l'âge des prisonniers exécutés. Le ministre tient en général une conférence de presse le matin même, puis s'arrête souvent là.
Hakamada, le secret et les pendaisons récentes
Ce secret pèse d'autant plus que le Japon a déjà pendu des innocents. Iwao Hakamada, ancien boxeur, a été condamné à mort en 1968 pour un quadruple meurtre. Il a passé des décennies dans le couloir de la mort, isolé, avant d'être libéré en 2014 puis acquitté en 2024. Son cas a remis sur la table une question simple : une erreur judiciaire, une fois la corde tirée, n'a plus de recours.
Les sondages officiels du Cabinet restent élevés — autour de 80 % des personnes interrogées jugent la peine « inévitable » dans certains cas. Les abolitionnistes répondent que l'opinion se prononce sans voir le quotidien du couloir de la mort. Les deux lectures coexistent, et le gouvernement s'appuie encore sur ce chiffre pour maintenir le système.
Les exécutions, elles, reprennent par à-coups. Takahiro Shiraishi, dit le « tueur de Twitter », a été pendu le 27 juin 2025 pour le meurtre de neuf personnes à Zama. Le 21 août 2026, Sunao Takami a été exécuté au centre de détention d'Osaka pour l'incendie criminel d'une salle de pachinko à Konohana, en 2009 : cinq morts, dix blessés. Le ministère a alors annoncé 100 condamnés à mort encore détenus.
En 2018, le Japon avait déjà pendu Shōkō Asahara et d'autres membres d'Aum Shinrikyō, responsables de l'attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo. Ces affaires-là, comme Hakamada, montrent le même dispositif : une pendaison réelle, un avis donné trop tard pour les adieux, et un pays qui continue de tenir la corde tout en se présentant comme l'un des plus sûrs du monde.
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