Prostitution au Japon : escorts, soaplands et la loi

Prostitution au Japon : escorts, soaplands et la loi

Loi de 1956, fūzoku et malentendus sur les escorts au Japon

On répète que la prostitution est interdite au Japon, et c'est vrai — sur le papier. Le pays a même nommé l'interdit : la Baishun Bōshi Hō [売春防止法], la loi de prévention de la prostitution, votée en 1956 et pleinement appliquée en 1958. Ce que l'on entend moins, c'est à quel point cette phrase de loi est étroite : elle vise un acte précis, pas tout le commerce du désir.

D'où le malentendu des visiteurs. On paie pour parler, pour se baigner, pour un massage dont l'enseigne ne dit pas tout. Les hôtesses, les soaplands et les geishas ne vivent pas dans le même casier, même si le touriste les mélange souvent. L'industrie n'a pas disparu : elle a changé de vocabulaire.

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La prostitution est-elle interdite au Japon ?

Depuis 1956, la Baishun Bōshi Hō [売春防止法] interdit la prostitution au Japon. L'article 2 la définit comme un rapport sexuel avec une personne « non spécifiée » — un inconnu — en échange d'un paiement ou de la promesse d'un paiement. L'acte lui-même n'est pas assorti d'une peine pour la personne qui se prostitue ni pour le client ; ce que la loi punit, c'est surtout le racolage, le proxénétisme, le contrat et le fait de fournir un lieu.

Cette définition a laissé un interstice. Tout ce qui n'est pas ce rapport tarifé avec un inconnu — conversation, danse, bain, massage, actes sans pénétration — peut être vendu sous d'autres enseignes. C'est dans cette brèche que le fūzoku [風俗] s'est installé. Des estimations souvent reprises parlent de plus de 2 300 milliards de yens par an.

Cinq hôtesses en robes satinées posent dans un club japonais

C'est pourquoi il est courant, au Japon, de payer pour parler avec une femme, pour se baigner ou pour danser. Il existe des bars où le contact s'arrête à un geste très codé, d'autres qui vendent des services inattendus. Une partie des « maisons de massage » des quartiers chauds n'a de thérapeutique que le mot sur la devanture : la chambre fermée échappe, de fait, à une surveillance serrée.

L'histoire de la prostitution au Japon

L'industrie du sexe, en japonais, s'appelle souvent fūzoku [風俗] : le caractère 風 parle de vent, de style, de mœurs ; 俗, de ce qui est vulgaire ou simplement courant. Le mot recouvre des services indécents, mais aussi, dans d'autres contextes, les coutumes et la morale publique. Attention : fūzoku n'est pas toujours synonyme de prostitution.

Un autre mot, plus large, est mizu shōbai [水商売], le « commerce de l'eau » : bars, cabarets, hôtesses, et parfois le sexe tarifé. Le terme légal de l'interdit, lui, est baishun [売春] ; la personne est une baishunfu [売春婦]. Mélanger ces trois couches, c'est déjà se tromper de conversation.

Estampe de l'époque d'Edo : scène intérieure avec un seigneur et des serviteurs

Contrairement à ce que certains pensent, les geishas n'ont rien à voir avec la prostitution. Devenir geisha était, pour beaucoup de femmes, une façon d'avoir un métier reconnu et de ne pas entrer dans les quartiers de plaisir, alors très présents. Le stéréotype du « geisha = courtisane pour touriste » tient plus du fantasme d'export que de l'histoire du métier.

La prostitution au Japon est plus ancienne que les navires étrangers. À l'époque de Nanban, des Portugais et d'autres équipages ont acheté ou capturé de jeunes Japonaises pour en faire des esclaves sexuelles à bord ou dans des colonies — un épisode laid, documenté, qui n'explique pas à lui seul l'existence du commerce sexuel dans l'archipel. Pour le quotidien des villes, le tournant visible reste Edo.

Dès la période d'Edo, le shogunat Tokugawa a limité la prostitution à des zones appelées yūkaku [遊廓]. Les plus connues étaient Yoshiwara à Edo (aujourd'hui Tokyo), Shinmachi à Osaka et Shimabara à Kyoto. Les femmes de ces quartiers étaient appelées yūjo [遊女]. Un lieu comme Tobita Shinchi à Osaka rappelle encore, sous une autre enseigne, cette géographie des plaisirs. Pour le climat plus large du Japon féodal, il existe aussi un portrait de la sexualité à l'époque d'Edo.

La supercherie de la prostitution au Japon

L'une des plus grandes supercheries, pour beaucoup de visiteurs, est de croire que toutes les femmes de ces enseignes sont japonaises. Une partie des établissements emploie des Chinoises, des Coréennes, des Philippines, des Thaïlandaises. Plus d'un client ressort convaincu d'avoir « rencontré une Japonaise ».

Taxi noir et clients devant un bar dans une rue nocturne de Tokyo

Comme la prostitution au sens strict est interdite, beaucoup d'industries vendent autre chose : une conversation, une attente, une image. Les clubs d'hôtesses en sont l'exemple le plus clair : on paie pour parler, se faire servir et se sentir choisi, pas pour un rapport. Ce n'est pas un soapland avec un autre nom.

Jouets, vidéos érotiques, affiches trop explicites, bannières dans le métro : une partie du paysage compense en surface ce que la loi refuse d'écrire. Certains paient simplement pour se faire nettoyer les oreilles avec un coton-tige par une jeune femme en kimono — le mimikaki — et ressortent avec l'impression d'avoir acheté de l'intime sans avoir franchi la ligne légale.

D'autres s'enferment dans les snack-bars, ces petits comptoirs où de jeunes serveuses habiles flattent le client pour qu'il commande encore. L'espoir d'une nuit n'est souvent qu'un levier de consommation. Ce n'est pas un secret du quartier : c'est le métier.

Soaplands et maisons de massage

Les maisons de massage sont très populaires au Japon, et la plupart n'ont rien à voir avec le sexe : un salarié épuisé va se faire dénouer le dos, un onsen n'est pas un lupanar, et il existe des salons mixtes ou réservés aux femmes. Le malentendu commence quand on prend toutes les enseignes « health » ou « soap » pour un spa.

Le soapland [ソープランド] est le format le plus emblématique de la zone grise. On paie l'entrée pour « utiliser les bains », puis un « massage ». Pendant ce temps, la travailleuse et le client « font connaissance » : la fiction, ancienne, consiste à dire que la suite n'est plus un rapport avec un inconnu. Dans les faits, c'est l'établissement le plus proche d'un lupanar que le Japon d'après 1958 ait laissé vivre sous un autre nom. Yoshiwara, l'ancien quartier de plaisir d'Edo, en concentre encore une part visible.

Masseuse en blouse rose dans un salon de massage japonais

Ces lieux n'affichent pas un menu de prostitution. On le devine au quartier, au prix, aux photos. Les montants se comptent souvent en dizaines de milliers de yens, et les adresses chères montent bien plus haut. Beaucoup refusent les étrangers, officiellement pour des raisons de langue et de malentendu sur les limites du service — un refus qui n'a rien d'un détail folklorique.

Dans des rues comme Kabukichō, des rabatteurs peuvent coller le passant vers une cabine ou un immeuble. Ce n'est pas une invitation culturelle. Suivre un inconnu dans une ruelle pour un « massage à 10 000 yens » est précisément le genre de raccourci que cet article ne donne pas.

Escorts, rues et ce qu'il vaut mieux ne pas chercher

On peut, au Japon, trouver une compagnie sans rapport sexuel : hôtesse, host, snack, conversation tarifée. Ce n'est pas la même demande que celle d'une escort, et ce n'est pas non plus un plan à coller dans une barre de recherche comme on réserverait un restaurant.

Les quartiers chauds existent, les enseignes fūzoku aussi, et Internet est plein de catalogues. Je ne recommanderai aucun endroit, aucun site, aucune carte. Je déteste ce genre de pratique ; j'écris ici pour démêler les noms et l'histoire, pas pour servir de guide.

Hôtesse et client discutent dans un bar de nuit au Japon

Méfiez-vous des inconnus qui proposent un service dans la rue, surtout à Kabukichō. Une partie de ces circuits croise le crime organisé. Finir au commissariat n'est pas le souvenir que les brochures vendent, même si la prison reste rare.

La loi japonaise a interdit un acte, pas le désir, et le pays a répondu par une forêt d'enseignes. Marcher là-dedans en touriste curieux, sans parler la langue, c'est déjà se tromper de porte.

Sources et liens utiles

À propos de l'auteur

Kevin Henrique

Spécialiste avec plus de 10 ans d'expérience en culture asiatique, avec un focus sur le Japon, la Corée, les anime et les jeux. Autodidacte, écrivain et voyageur centré sur l'enseignement du japonais, les conseils de voyage et les curiosités profondes.

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