Le Japon est souvent mentionné dans la Seconde Guerre mondiale, mais quelle est la participation du Japon à la Première Guerre mondiale ? Pearl Harbor et Hiroshima restent dans toutes les têtes ; le nom de Tsingtao, presque nulle part.
Sa participation tenait d'abord au respect des traités signés avec l'Angleterre. Sur le terrain, l'action s'est limitée aux colonies allemandes d'Asie de l'Est, dans l'océan Pacifique, et aux concessions allemandes en Chine — loin des tranchées de la Somme, beaucoup plus près des intérêts de Tokyo en Asie.
Sommaire 5
Après 1905, une alliance qui n'était pas un détail
Après la guerre russo-japonaise de 1904-1905, le Japon a réussi à acquérir le respect des nations occidentales et a grandi en tant que puissance. L'alliance anglo-japonaise, signée le 30 janvier 1902 puis renouvelée en 1905 et en 1911, pesait plus que n'importe quelle formule sur l'honneur des traités.
Le Japon est entré dans la Première Guerre aux côtés de l'Entente pour s'emparer des colonies de l'Allemagne. Il manquait de ressources naturelles, sa population croissait, et la Chine — déjà trouée de concessions européennes — était le terrain où Tokyo voulait peser. Quand la guerre éclate en Europe, le ministre des Affaires étrangères Katō Takaaki (加藤高明) pousse le cabinet Ōkuma : l'Allemagne devra se battre sur deux fronts, ses possessions asiatiques seront mal défendues, et les prendre élargit l'empire sans envoyer d'armée sur la Marne.
Le 15 août 1914, Tokyo adresse un ultimatum à Berlin : retirer la flotte des eaux chinoises et japonaises, remettre Kiautschou. L'Allemagne ne répond pas. Le 23 août, à midi, le Japon se considère en état de guerre. Il n'était pas membre fondateur de la Triple-Entente (France, Royaume-Uni, Russie) : il rejoint le camp allié par le traité avec Londres.
Tsingtao, 1914 : la guerre que Tokyo voulait
Le 27 août, l'escadre de l'amiral Katō Sadakichi bloque Tsingtao (Qingdao), capitale de la concession allemande de Kiautschou, dans le Shandong. Le 2 septembre, les troupes du général Kamio débarquent. Fin septembre, près de 23 000 soldats japonais sont rejoints par deux régiments britanniques — le 2nd South Wales Borderers et le 36th Sikhs — davantage pour surveiller l'avance japonaise que pour sauver la place.
Le 31 octobre, le bombardement de la forteresse commence. Dans la nuit du 6 au 7 novembre 1914, l'assaut général part ; le lendemain, la garnison du gouverneur Meyer-Waldeck capitule. Au même moment, la marine japonaise occupe les archipels allemands du Pacifique au nord de l'équateur : Mariannes, Marshall, Carolines. L'escadre allemande d'Asie, déjà sortie de Tsingtao, sera détruite par les Britanniques aux îles Falkland le 8 décembre. Pour Tokyo, la partie militaire utile en Extrême-Orient est déjà jouée.
15 août 1914, ultimatum à l'Allemagne. 23 août, état de guerre. 7 novembre, chute de Tsingtao. 18 janvier 1915, Vingt-et-une demandes. 13 avril 1917, l'escadre japonaise à Malte.

Les Vingt-et-une demandes, pendant que l'Europe était occupée
Le Japon faisait pression sur la Chine, oui — mais pas après-guerre, et pas comme un caprice personnel de l'empereur Taishō. Le 18 janvier 1915, le gouvernement Ōkuma présente à Yuan Shikai les Vingt-et-une demandes : confirmation des prises dans le Shandong, Mandchourie du Sud, mines de Hanyeping, interdiction de nouvelles concessions côtières à d'autres puissances, et un cinquième groupe tenu secret — conseillers, police, missions — qui aurait ressemblé à un protectorat.
La Chine n'est pas en position de négocier. Le 7 mai, Tokyo retire le groupe 5 et pose un ultimatum de treize demandes. Les traités du 25 mai 1915 les entérinent. Les puissances occidentales, occupées en Europe, grognent plus qu'elles n'agissent. C'est là, plus que dans les tranchées, que Tokyo cherchait son gain.
1917 : des destroyers japonais en Méditerranée
Ce n'est pas en 1915 que le Japon envoie une force anti-sous-marine aider l'escadre britannique. L'Amirauté insiste à la fin de 1916. L'amiral Satō Kōzō, sur le croiseur Akashi, arrive à Malte le 13 avril 1917 à la tête de l'Escadre spéciale n°2 : huit destroyers. Trois cent quarante-huit sorties, 788 navires escortés — environ 700 000 soldats — et 7 075 naufragés recueillis.
L'échange est politique autant que naval. En 1917, Londres, Paris et Petrograd confirment les droits japonais sur le Shandong et les îles du Pacifique au nord de l'équateur. L'aide en Méditerranée n'est pas un élan désintéressé ; c'est le prix d'un siège à la future conférence de paix.
Versailles, Nankin, Pearl Harbor : pas un revirement du jour au lendemain
Après la Première Guerre mondiale, les tensions entre le Japon et les États-Unis ne naissent pas d'une pénurie vague. À Paris, en 1919, le Japon siège parmi les vainqueurs. Il obtient un mandat sur les îles allemandes du Pacifique nord et, dans le traité, les droits allemands sur le Shandong — ce que la Chine refuse, et qui nourrit le mouvement du 4 mai. La clause d'égalité raciale demandée pour la Société des Nations est écartée. Au Japon, beaucoup y voient une humiliation, pas une victoire propre.

Il y a eu ensuite d'innombrables guerres et massacres entre le Japon et d'autres pays d'Asie. Parmi eux, le célèbre massacre de Nankin en 1937, lorsque la deuxième guerre sino-japonaise éclate. Ce n'est plus 1914. C'est la même obsession continentale, vingt ans plus tard, avec une armée qui ne rend plus les mêmes comptes qu'au début de l'ère Taishō.
Le Japon n'a pas « changé de camp » comme on change de veste. Il a passé deux décennies à se heurter aux mêmes puissances qu'il avait servies en 1914, d'abord sur le Shandong, puis en Mandchourie, puis en Chine. Le bout de cette route, c'est l'attaque de Pearl Harbor et, plus tard, Hiroshima. La Première Guerre n'explique pas toute la Seconde. Elle en ouvre pourtant la première porte : Tsingtao, les Vingt-et-une demandes, et un siège à la table des vainqueurs qui n'a pas goûté comme une égalité.
Communauté
Commentaires
0 commentaires
Aucun commentaire publié dans cette langue pour le moment.
Envoyer le commentaire