Peu de gens le remarquent, mais les hashis — ces petits bâtonnets utilisés pour manger des plats orientaux — ont plus d’histoire et de variations qu’on ne l’imagine. Ils ne sont pas tous identiques, ni ne servent exactement aux mêmes choses. En réalité, le hashi porte les traits culturels profonds de chaque pays où il est utilisé, de la forme jusqu’au matériau.

Et si vous pensez que le hashi est toujours pareil, préparez-vous à changer d’avis. Nous allons voyager en Chine, au Japon, en Corée et en Asie du Sud-Est pour comprendre les détails qui font toute la différence — et découvrir pourquoi certains sont plus courts, d’autres plus longs, ou faits de métal, de bambou ou de plastique.

Hashi japonais (箸)

Le hashi japonais est peut-être le plus connu dans le monde occidental, mais il se trompe qui croit qu’il n’existe qu’un seul type. Les Japonais ont des bâtonnets spécifiques jusqu’à pour différents types de nourriture, d’occasions et même de saisons de l’année.

Ces hashis sont généralement plus courts que ceux d’autres pays, avec des pointes très fines — ce qui aide à saisir le poisson cru avec précision, comme dans le sushi et le sashimi. Il existe des modèles pour hommes, femmes et enfants, avec des variations de longueur (entre 18 et 24 cm). De plus, beaucoup de hashis japonais sont faits en bois verni ou en bambou, décorés de motifs traditionnels qui renvoient à la culture locale.

Saibashi (菜箸): les hashis de la cuisine

Peu connus hors du Japon, les saibashi sont des hashis longs, d’environ 30 cm ou plus, utilisés exclusivement pour cuisiner. Ils permettent de remuer les ingrédients dans l’huile chaude ou dans les bouillons bouillants en toute sécurité. Sur certains modèles, une des pointes est revêtue de silicone pour éviter qu’ils ne glissent. Ils sont pratiques, fonctionnels et essentiels dans toute cuisine japonaise traditionnelle.

Hashi chinois (筷子, kuàizi)

Les kuàizi chinois sont remarquablement plus longs, généralement avec environ 25 cm ou plus. Ce n’est pas par hasard : dans la cuisine chinoise, il est courant de manger dans de grands plats partagés au centre de la table. La longueur aide à atteindre les aliments sans avoir à se lever de sa chaise ou à envahir l’espace de l’autre.

Un autre détail est la forme : au lieu de pointes fines, les hashis chinois sont plus épais et ont une pointe carrée ou arrondie. Ils sont conçus pour saisir de plus gros morceaux de nourriture, comme de la viande, des pâtes ou des légumes cuits.

Zhú kuàizi (竹筷子): le modèle traditionnel en bambou

Entre les nombreux types de kuàizi, le zhú kuàizi — fait en bambou — est le plus ancien et encore largement utilisé. Légers, biodégradables et avec une texture qui évite les glissades, ces hashis sont une présence constante tant dans les foyers que dans les restaurants traditionnels. Lors de festivals ou de banquets, il est courant de voir des versions vernies, avec des dessins sculptés à la main.

Hashi coréen (젓가락, jeotgarak)

Si vous avez déjà essayé d’utiliser un hashi en métal et que vous avez senti une difficulté, vous aviez probablement un modèle coréen. Ils sont plus courts, ont une forme plate — comme s’ils avaient été légèrement écrasés — et exigent un contrôle plus précis des doigts. Mais tranquille, les Coréens grandissent avec ça et s’en sortent comme des chefs.

La grande différence ici est le matériau : le métal. Cela vient d’une ancienne tradition de la royauté coréenne, qui utilisait des hashis en argent pour détecter le poison dans la nourriture. Avec le temps, l’usage s’est popularisé. Aujourd’hui, il est courant de voir des hashis en acier inoxydable, généralement accompagnés d’une cuillère en métal (pour les soupes et le riz).

Sujeot (수젓): l’ensemble officiel de la table coréenne

À la table coréenne, vous voyez rarement le hashi tout seul. Le sujeot est la paire composée de la cuillère (sutgarak) et du hashi (jeotgarak), presque toujours servis ensemble. La cuillère sert pour les liquides, le riz et les ragoûts, tandis que le hashi est réservé pour la viande, les accompagnements et les plats secs. Il existe même une étiquette propre sur le moment d’utiliser chacun — et oui, croiser les deux sur l’assiette est un signe de négligence.

Hashi d’Asie du Sud-Est

Dans des pays comme le Vietnam, la Thaïlande et la Malaisie, les hashis suivent un mélange d’influences chinoises, japonaises et locales. Au Vietnam, par exemple, les hashis sont généralement plus longs et faits en bois ou en bambou, mais avec des pointes plus fines, rappelant un peu le style japonais.

Dans les restaurants thaïlandais, les hashis peuvent même apparaître, mais ils sont utilisés principalement pour les plats d’inspiration chinoise. Au quotidien, la fourchette et la cuillère dominent. En Malaisie et en Indonésie, l’utilisation du hashi varie selon l’ethnie ou le type de nourriture.

Đũa (hashi vietnamien)

Au Vietnam, le hashi est appelé đũa, et il est souvent fabriqué en bois foncé, poli, avec une finition discrète. Ce sont des hashis plus longs, droits et avec des bords arrondis, utilisés tant au quotidien que lors de célébrations formelles. Dans les mariages, il est courant d’offrir au couple un par de đũa comme symbole d’union et d’équilibre.

Matériaux des bâtonnets

Le matériau du hashi n’est pas seulement esthétique — il influence le poids, l’adhérence, l’hygiène et même la signification culturelle. Ci-dessous, un panorama pratique des principaux types :

Bambou (take, 竹)

Léger, bon et biodégradable. C’est le plus utilisé au quotidien, principalement en Chine, au Vietnam et au Japon. Bonne adérence, idéal pour les repas simples. Apparaît aussi en versions décorées pour les festivals.

Bois verni (nuribashi, 塗り箸)

Faits en bois noble, avec laque et dessins traditionnels. Ils sont plus élégants et utilisés lors de dîners formels, de dates commémoratives et même comme cadeau. Visuel raffiné, toucher doux.

Plastique (résine ou mélamine)

Légers et résistants, mais glissants. Très utilisés dans les écoles, les fast-foods et par les enfants. Certains modèles pour enfants sont équipés d’un support pour aider à l’apprentissage.

Métal (inox, argent)

Classique en Corée. Durable, hygiénique et excellent pour les plats chauds ou gras. Les modèles coréens (jeotgarak) sont plats et exigent plus de contrôle dans la prise.

Céramique ou porcelaine

Plus rares, lourds et glissants. Utilisés lors d’occasions spéciales ou comme pièces décoratives. Visuel sophistiqué, mais fragile pour l’usage quotidien.

Jetables (waribashi, 割り箸)

Faits en bois léger, pré-découpés. Très courants dans les livraisons et les repas rapides. Au Japex, il existe une étiquette jusqu’à pour comment les séparer correctement.

Conclusion

Derrière deux simples bâtonnets, se cache une histoire riche d’étiquette, d’identité et de tradition. Utiliser le hashi « correct » dans chaque pays peut être vu comme un signe de respect, mais c’est aussi une façon de s’enfoncer davantage dans la culture locale.

Qu’il soit long ou court, en métal ou en bambou, un bon hashi va au-delà de la fonction pratique. Il porte le geste du partage, de la patience et même de l’esthétique. Et qui commence à remarquer ces détails ne voit plus jamais les bâtonnets de la même manière.

Kevin Henrique

Kevin Henrique

Expert en culture asiatique avec plus de 10 ans d’expérience, spécialisé sur le Japon, la Corée, les animes et les jeux vidéo. Écrivain autodidacte et voyageur passionné par l’enseignement du japonais, les conseils touristiques et l’exploration d’anecdotes profondes et captivantes.

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